Oliver Cruz ne conteste pas les faits. Dans une interview au New York Times, il dit: «Je me sens tellement mal, et je ne peux rien faire pour ramener cette personne à la vie. Gardez-moi en prison, mais ne me tuez pas. Je pourrai aider des gens.» Le gouverneur du Texas, George Bush, et la Commission des grâces de l'Etat entendront-ils son appel? C'est l'espoir de son avocat, Jeff Pokorak. Car son client, bien que coupable, est retardé mental. Il sait à peine lire et écrire, son QI oscille entre 64 et 76 points. Jeff Pokorak ne cache pas qu'il espère profiter de l'opposition grandissante à l'exécution de handicapés mentaux pour convaincre les autorités de faire preuve de clémence. Treize Etats interdisent aujourd'hui l'exécution de handicapés mentaux contre deux seulement en 1988. L'Etat fédéral avait donné le ton, suite à une loi adoptée par Ronald Reagan.

Au Texas, un projet de loi similaire a échoué devant la Chambre basse l'an dernier, alors que le Sénat à majorité républicaine l'avait adopté. George Bush s'était rangé du côté des opposants. Si une majorité d'Américains et de politiciens, tous partis confondus, sont favorables à la peine de mort, dans ce cas particulier, George Bush navigue à contre-courant. Son propre frère, le gouverneur de la Floride Jeb Bush, s'oppose à l'exécution de malades mentaux. Le parlement texan a promis de revenir à la charge dès l'an prochain, et les plus optimistes pensent que la loi pourrait être adoptée dès le printemps.

«Cette tragédie n'en est que plus terrible. La loi va interdire l'exécution de gens comme Cruz dans six ou huit mois, il sera la dernière personne retardée à mourir sous l'ancienne loi», a déclaré son avocat. Jeff Pokorak a demandé au gouverneur texan et à sa Commission des grâces de surseoir à la peine. Il espère que la nouvelle loi mettra définitivement son client à l'abri d'une exécution.

Mais les plus pessimistes de rappeler qu'en cinq ans, George Bush n'a accordé qu'un seul sursis pour permettre à la défense du condamné d'effectuer les tests ADN qui auraient pu l'exonérer. Ce ne fut pas le cas. Les plus cyniques soulignent que la première exécution qu'a présidée George Bush fut celle d'un arriéré.

La débilité d'Oliver n'a jamais été contestée. Le soir du crime, Oliver Cruz et son ami Jerry Kemplin rencontrent Kelly. Sous l'influence de l'alcool et du LSD, les deux hommes l'emmènent sur le périphérique. Là, Oliver Cruz l'aurait violée plusieurs fois avant de l'abattre de 20 coups de couteau. Il a avoué. Jerry Kemplin, qui a témoigné contre Oliver, a pris 65 ans avec possibilité de libération conditionnelle. Initialement inculpé de meurtre, Kemplin n'a jamais confessé ses actes mais a accepté de plaider coupable contre un allégement de la peine. Des doutes subsistent encore sur son rôle dans le viol et le meurtre de Kelly.

Reste que le cas d'Oliver vient illustrer une fois encore la barbarie d'un système qui tolère l'exécution de personnes dont la culpabilité est sujette à caution ou de handicapés incapables de discerner les notions de bien et de mal. Selon les experts, au moins 10% des 3600 condamnés attendant leur heure dans les couloirs de la mort souffriraient de maladies mentales. Et 34 handicapés ont été exécutés depuis la réintroduction de la peine de mort en 1976. Cette même cour qui avait statué en 1988 que l'exécution d'un handicapé mental ne constitue pas «une punition cruelle et inhabituelle» en violation de la Constitution.

Autrement dit, G.W. Bush peut se retrancher derrière l'arrêt des juges fédéraux. Mais s'il refuse ne serait-ce qu'un sursis de 30 jours à Oliver, décision qu'il peut prendre sans l'aval de la Commission des grâces, ses détracteurs lui rappelleront ses tirades sur le «conservatisme du cœur», la nouvelle doctrine du Parti républicain.