Depuis quelques années, la majorité des climatologues en sont convaincus: le climat de la planète Terre se réchauffe et l'être humain n'est pas innocent dans cette affaire. L'augmentation du taux de gaz à effet de serre dans l'atmosphère, notamment le gaz carbonique issu de la combustion des énergies fossiles, est en effet corrélée à l'augmentation des températures mesurées à la surface de la planète. La démonstration n'avait toutefois pas encore convaincu tout le monde. Les sceptiques s'appuyaient sur les mesures de température de la basse troposphère, située à quelque 3,5 kilomètres au-dessus de nos têtes. Selon ces mesures effectuées par satellite et contrairement aux modèles admis par les scientifiques, cette couche de l'atmosphère proche se refroidissait.

Or, cet argument vient de tomber à l'eau. Jeudi dernier dans la revue Nature, des chercheurs américains ont brusquement réchauffé la basse troposphère. Le refroidissement apparent était dû à un artefact, un biais expérimental: dans le calcul des températures, les scientifiques avaient mal pris en compte le fait que les satellites perdent chaque année un peu d'altitude. Les détracteurs du réchauffement global vont-ils cette fois se rallier à la majorité? Ce n'est pas si sûr.

Dès 1979, les satellites d'observation météorologique ont commencé à embarquer des appareils capables de mesurer la température des différentes couches de l'atmosphère (lire ci-dessous). Devant la menace d'un réchauffement climatique global, les scientifiques ont décidé d'utiliser la montagne de données recueillies entre 1979 et 1995 pour tenter d'en extraire des tendances de température «à la hausse» ou «à la baisse». Et si possible dans plusieurs couches de l'atmosphère.

La surprise était au rendez-vous. Si en surface le climat semblait se réchauffer, à la vitesse de +0,13 degré Celsius par décennie, quelque 3500 mètres plus haut, dans la basse troposphère, les températures semblaient au contraire chuter de 0,05 degré tous les dix ans. Sous les tropiques, le phénomène était encore plus marqué: la température de la surface océanique grimpait de 0,10 degré pendant que la troposphère se refroidissait de 0,11 degré, toujours tous les dix ans. Le mystère était total. Il contredisait tous les modèles climatiques qui prévoyaient le réchauffement de cette couche d'air, ainsi que les mesures effectuées à l'aide de ballons-sondes lâchés depuis le sol.

Jeudi dernier dans la revue Nature, deux chercheurs californiens, Frank Wentz et Matthias Schabel, ont enfin découvert le pourquoi de ces mesures incohérentes. Ils ont repris tous les calculs de température, cette fois en tenant compte de la position exacte des satellites sur leurs orbites. Car, ont-ils découvert, ces derniers ont chuté en moyenne de 1,2 kilomètre par année, un phénomène lent mais inéluctable dû à l'attraction terrestre. Pour la période envisagée, cette chute représente une vingtaine de kilomètres, une distance suffisante pour fausser les mesures. Après correction, les résultats sont en accord avec la thèse du réchauffement global: la température de la basse troposphère augmenterait finalement de 0,07 degré tous les dix ans.

Les climatologues seront certes soulagés de voir cette contradiction levée. Mais l'euphorie n'est pas de mise. «Même si les satellites et les ballons-sondes nous ont fourni un enregistrement très précieux des températures de l'air durant les dernières décennies, ils ont été conçus pour des observations météorologiques. Leur capacité à mesurer des variations climatiques infimes est donc limitée», écrivent Wentz et Schabel, avant de conclure: «Nous avons besoin de systèmes plus fiables et plus robustes pour surveiller le climat.»

Un avis largement partagé parmi les climatologues. Dans le même numéro de Nature, Dian Gaffen, membre de la National Oceanic and Atmospheric Administration américaine (NOAA), souligne que, pour mettre en évidence un réchauffement global de l'atmosphère, les climatologues «doivent tenter de donner un sens à des résultats provenant de systèmes de mesures de température variés et imparfaits». Cela implique que les résultats obtenus sont entachés de grandes marges d'erreur, qui vont jusqu'à faire douter du résultat obtenu: derrière l'augmentation de température de la troposphère de 0,07 degré par dix ans publiée par Wentz et Schabel, il faut rajouter ± 0,05. Ecrit ainsi, le trend climatique perd beaucoup de sens. Même son de cloche, vendredi, dans la revue Science cette fois, où une équipe de la NASA commente favorablement les travaux de Wentz et Schabel, tout en soulignant qu'être en accord avec les mesures de température effectuées par les ballons-sondes n'est pas forcément un gage de sécurité.

Car, si l'homme est parfaitement capable d'envoyer un robot se promener sur Mars, il est toujours incapable de mesurer la température de la planète Terre avec une précision suffisante pour y déceler des changements de l'ordre d'un centième de degré par année. Les mesures effectuées au sol, même standardisées, ne couvrent pas la planète entière: la majorité des thermomètres sont situés sur terre, dans l'hémisphère Nord, dans les pays industrialisés.

Ce que ne manquent pas de relever les chercheurs qui ne croient pas à la thèse du réchauffement global: trop près des villes, souvent près des aéroports – des îlots de chaleur dus au bétonnage intensif –, ces thermomètres ne peuvent qu'enregistrer un réchauffement. Les ballons-sondes, lâchés par centaines chaque jour, ne sont pas tous équipés du même système de mesure. Et sans une standardisation poussée à l'extrême, il n'est guère possible d'avancer des chiffres crédibles concernant des changements très subtils. Quant aux satellites, on l'a vu, la mesure très indirecte de la température exige des interpolations mathématiques qui font grimper les marges d'erreur. Selon Dian Gaffen, de la NOAA, il incombe aux politiciens de décider si, oui ou non, nous voulons vraiment surveiller la santé de l'atmosphère terrestre: «Si oui, conclut-il, nous avons besoin de matériel plus sophistiqué pour mesurer la température du patient.»