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Un cadran en bois et en métal pour mesurer la parité dans «Le Temps»

Un drôle d’assemblage électromécanique a investi nos locaux. Il montre en temps réel la part de femmes mentionnées dans les 25 derniers articles publiés sur Letemps.ch

Chaque vendredi de l'été jusqu'au 16 août, «Le Temps» continue à entretenir le dialogue avec ses lecteurs.

A la rédaction, une dizaine d’écrans diffusent en permanence des chiffres et des graphiques: temps de lecture des articles, nombre de nouveaux abonnements et taux d’ouverture de la newsletter, parmi des dizaines d’indicateurs. Ces écrans couverts de statistiques captivent nos visiteurs, mais on ne peut pas en dire autant des gens de la maison, habitués que nous sommes à cette surdose de chiffres.

C’est dans ce contexte que nous voulions ajouter une statistique. Sans qu’elle passe inaperçue. Imaginez un marché aux puces, où le dernier vendeur à obtenir un emplacement se retrouve loin des allées passantes. Pour s’en sortir, il peut crier. Ou avoir un gadget qui attire les badauds. D’où l’idée suivante: un graphique en bois et métal, qu’on puisse palper, déplacer, allumer et éteindre avec un interrupteur à l’ancienne.

Le chiffre à présenter? La part de femmes mentionnées dans les 25 derniers articles publiés sur Letemps.ch, en temps réel. Elle gravite autour des 20-30%. Seule la rubrique Société a atteint la parité au mois de juin, avec environ 50% de femmes parmi les noms mentionnés, tandis que les articles de la rubrique économie reflètent la triste réalité du marché – environ 15% de mentions de femmes, 85% de mentions d’hommes.

Dans la foulée des sept causes du Temps, à la fin de 2018, une question obsédait la rédaction: comment les intégrer, comment ne pas les oublier? Après avoir culminé pendant la cause «égalité», notre décompte de la «place des femmes dans le Temps» s’affaissait – le pourcentage d’éditos signés par des femmes, de contributrices des pages débats, de photos représentant des femmes et d’expertes dans les pages sciences, publié chaque mois dans le journal.

Retrouvez  notre baromètre de la parité

Avec notre collègue webdesigner César Greppin, nous avons donc dessiné des plans, scié, troué, poncé, peint, soudé et branché des fils jusqu’à obtenir ce qu’on pourrait appeler un «paritomètre», pour reprendre une suggestion reçue sur Twitter. Un premier prototype constitué essentiellement de carton fonctionnait en décembre. La version actuelle a pris forme petit à petit mais n’est peut-être qu’une étape: c’est le bonheur du «do-it-yourself».


Comment ça fonctionne?

Un programme parcourt le site toutes les demi-heures, repère les noms de personnes, compte les hommes et les femmes et stocke le pourcentage actuel de femmes. Cinq minutes plus tard, le «paritomètre» se connecte à internet et ajuste l’angle de l’aiguille pour qu’elle pointe vers le bon pourcentage. C’est assez approximatif: le résultat peut atteindre 5 points d’écart avec le pourcentage réel de femmes mentionnées.

Les résultats générés sont publiés sur une page web pour permettre leur vérification. Les codes source du script et de la carte électronique sont disponibles en licence libre sur la plateforme GitHub.

Pour rendre l’objet mobile, on l’a connecté à un powerbank, un chargeur nomade de téléphone. L’appareil «dort» les 99% du temps et s’éteint complètement après 2 heures sans manipulation humaine. Résultat: pas de recharge depuis trois semaines.

Combien de temps investi?

Au travail, une journée a été consacrée au développement du script qui parcourt Letemps.ch. Sur notre temps libre, en tenant compte des heures à arpenter les marchés aux puces à la recherche d’une grande aiguille d’horloge: quatre ou cinq jours…

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