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Un congé parental suisse de 480 jours divise le Web

Entre rêves et clichés sexistes, les lecteurs du «Temps» débattent sur Facebook d’une politique familiale suisse fondée sur le modèle nordique

Tout est parti d’un lien posté sur la page Facebook du «Temps» pointant vers le travail de Johan Bävman. Ce photographe suédois a saisi le quotidien de ces pères nordiques qui ont décidé de prendre une partie ou l’entier des 480 jours de congé parental offerts aux couples par la Suède. Dans les faits, la loi suédoise accorde 60 jours de congé au père et 60 jours à la mère, congé à prendre obligatoirement dès la naissance de l’enfant. Le couple jouit ensuite d’un quota de 360 jours qu’il se partage à sa guise jusqu’aux 3 ans de l’enfant. Le tout rémunéré pendant 62 semaines à hauteur de 80% du salaire.

La série photographique de Johan Bävman publiée sur le site BuzzFeed vaut le coup d’œil. Elle éclipse toutefois le déluge de réactions essentiellement féminines suscité par l’application, en Suisse, d’une telle politique familiale. Pour la grande majorité des contributeurs au débat – à l’instar d’Alexandra – «il serait temps» que la Confédération «s’ouvre sur d’autres valeurs qu’elle ne connaît tout simplement pas encore». Pour d’autre, comme Olivier, il s’agit «encore d’une proposition de socialo irresponsable…»

Si un congé parental plus long est plébiscité, sa «durée se discute», rappelle Catherine. Tout comme Carla pour qui le quota de 480 jours octroyés par la Suède est excessif. Et ce notamment lorsqu’une deuxième grossesse intervient dans les 18 à 20 mois suivant le premier enfant. Comme l’explique Danielle, «lorsqu’un couple a plusieurs enfants – et peut donc prendre plusieurs congés parentaux à la suite –, on constate que l’un ou l’autre des partenaires (le moins bien payé) interrompt sa carrière professionnelle pendant plusieurs années, ce qui le pénalise par la suite».

Pour Lionel, «la relation parents-enfants y gagnerait», mais «un tel projet a cependant très peu de chance de voir le jour en Suisse. […] Economie Suisse comme d’habitude invoquerait la perte de compétitivité des entreprises… Sans parler de l’UDC qui verrait dans le déploiement de tels moyens une manière de «salarier» les femmes au foyer. Bref, un beau projet semé d’embûches!»

A contrario de la Suisse, le congé parental suédois a le mérite d’inclure le père dans la parentalité. «La Suisse a encore fort à faire sur ce plan-là, souligne Lydia. Les deux jours légaux pour le papa c’est bien trop court. Quant aux quatorze à seize semaines pour la maman, ils filent à une vitesse éclair.» D’ailleurs, «pourquoi un papa n’aurait pas les mêmes droits et devoirs qu’une maman»?

Aux antipodes des interrogations de Lena, il y a Pierre-Alain pour qui la parentalité est une question exclusivement féminine: «Le congé maternité a été instauré pour permettre à la mère de se reposer de l’accouchement, d’allaiter son enfant. Est-ce que les hommes accouchent? Est-ce que les hommes allaitent?»… Quant à Ana, mère de quatre enfants, la simple idée d’imaginer son conjoint à la maison «en plus du bébé» est de l’ordre du cauchemar.

Mais venons-en à la question qui fâche: qui payerait cette politique familiale égalitaire? «Nos impôts sont déjà bien assez lourds», souligne Juliette. «Vous pensez à toutes ces PME qui devraient accorder un congé parental à leurs techniciens», alerte Christiane. Quant à Lucien, il démontre: «Vous prenez le nombre de couples avec enfants, plus les pères célibataires, et vous multipliez par les jours de vacances que vous proposez, avec les charges sociales. Vous prenez ensuite la perte de production des entreprises qui les emploient… Ces propositions de nanas qui n’ont pas conduit un Pinzgauer (véhicule de l’armée) me font bien rire!»

Pourtant, «d’un point de vue économique, il pourrait s’avérer intéressant de financer un congé parental plutôt que des places de crèches, ajoute Danielle. Mais attention à ne pas idéaliser le modèle nordique, rappelle-t-elle. Bien que le congé parental ne soit pas remis en question dans les pays scandinaves, il tend à favoriser une vision assez traditionnelle de la famille.» Et si pour «commencer la Suisse ne penserait pas d’abord à l’application d’un congé maternité qui aurait du sens? Ce serait un grand pas en avant», conclut Kat. Continuez le débat: www.facebook.com/letemps.ch