Revue de presse

Quand un film activiste fait plier un parc aquatique: c'est l'effet «Blackfish»

Les dirigeants du groupe de parcs aquatiques américain Seaworld avaient caché à leurs investisseurs l’impact sur leurs résultats d’un documentaire sur les orques en captivité: il vont payer 5 millions de dollars d’amende

C’est une histoire pour les défenseurs de la cause animale comme du capitalisme. La société de parcs aquatiques SeaWorld et son ancien patron James Atchinson se sont mis d’accord hier pour régler à l’amiable une amende de la toute-puissante SEC, l’autorité des marchés financiers américains, qui surveille le bon fonctionnement de la bourse. Ils ont trop longtemps caché auprès de leurs investisseurs l’impact du documentaire Blackfish sur la réputation et la fréquentation du parc. Ils vont payer au total 5 millions de dollars.

Onde de choc et prise de conscience

«Difficile d’imaginer un autre film qui ait eu autant d’impact sur la réputation et la valeur commerciale d’une entreprise, remarque le site Fast Company. Le documentaire de 2013 qui voulait dévoiler les mauvais traitements systématiques des orques en captivité a soulevé un débat national. Après son passage sur CNN en 2014, l’action a chuté, et cela a duré des années. Ce n’est que récemment que son cours a recommencé à monter – il a même doublé depuis six mois – sans retrouver ses niveaux d’avant Blackfish, qui raconte avec force images-chocs l’histoire de Tilikum, cette orque agressive, en captivité dans les bassins d’Orlando, responsable de la mort de trois personnes dont sa dresseuse, devant un public tétanisé. Télérama, en 2017, était revenu sur l’onde de choc du film, primé dans plusieurs festivals, qui avait donné une mauvaise image au parc, poussé des célébrités habituées d’Orlando à ne plus s’y produire et entraîné une forte chute de la fréquentation (voir le communiqué de la SEC).

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La SEC a imposé 5 millions de dollars d’amende à SeaWorldEntertainment et à son ancien chef pour avoir caché l’impact négatif du film sur leurs affaires. Mais «le management craignait l’effet du film même avant sa sortie, explique le site MarketWatch qui cite la SEC, et de décembre 2013 à août 2014, ils ont fait de fausses déclarations ou des déclarations mensongères à la SEC, ainsi qu’à la presse, concernant l’impact de Blackfish. Alors qu’à l’intérieur de la compagnie, un haut cadre avait qualifié la réputation de l’entreprise de «positivement radioactive». «Le CEO de l’époque Atchinson s’était montré inquiet, dans des mails internes, des annulations et pensait que le phénomène allait durer.» Tout en disant l’inverse à l’extérieur.

Y a-t-il eu fraude? «Atchinson a évité 730 000 dollars de perte en revendant des actions à un prix surévalué au premier trimestre 2014. L’action a chuté de 32,9% le 13 août 2014, effaçant plus de 832 millions de dollars en valeur, quand la société a fini par reconnaître publiquement l’existence de l’effet Blackfish. Les entreprises doivent fournir les informations qui leur sont défavorables justes et en temps voulu à leurs investisseurs», explique encore la SEC, reprise par Reuters.

Intéressant: «SeaWorld et Atchison vont payer sans avoir admis ou nié les allégations de la SEC, note le site de Floride ClickOrlando. L’ancien vice-président pour la communication lui aussi a accepté de payer pour régler ces accusations de fraude et paiera 100 000 dollars pour redressement de préjudice».

«Ce cirque est condamné pour mensonge par la SEC – tout comme il ment aux dompteurs et au public», accuse sur Twitter Voix des Orques. «Ils vont s’en sortir comme ça, en payant?» s’indigne Amanda Diamand sur la page Facebook du film. «En 2018, plus personne ne veut voir ça», proteste aussi Mary Shean.

C’est assez!

Après trois années d’activisme incessant et une intense couverture médiatique, alors que la direction avait changé, le groupe a annoncé en 2016 la fin de ses spectacles d’orques et les animaux ne seront pas remplacés après leur mort. Les bassins actuels sont tous en train d’être agrandis.

L’action de la SEC ne met pas fin aux problèmes judiciaires de SeaWorld, qui doit encore faire face à des accusations de fraude du Département de la justice et à une class action d’actionnaires en colère.

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