«J'ai entendu des voix. Il y avait encore quelqu'un qui vivait dans le cockpit. Je me suis approché pour essayer d'entrer et tenter de sauver au moins une personne. Mais à deux mètres du cockpit, j'ai dû rebrousser chemin et j'ai entendu un bruit bizarre. Ensuite, les premières flammes sont apparues et l'avion a pris feu. Je ne pouvais plus rien faire.» Guillaume Wainachter, est chauffeur de taxi. Il est le premier à être arrivé sur les lieux du crash du Fokker de la Luxair, mercredi, à deux kilomètres à peine de l'aéroport de Luxembourg. «Il était 10 h 24 précises lorsque j'ai essayé de porter secours aux victimes», se souvient le chauffeur. Choqué mais gardant son sang-froid, il a alors immédiatement prévenu les secours.

Sans se démonter, Guillaume Wainachter a alors aperçu trois corps à quelques mètres de lui. «J'ai d'abord cru que ces personnes étaient mortes. Je me suis approché d'elles mais j'ai vu qu'elles me faisaient des signes des yeux», relate le secouriste improvisé. «Une personne était assise, l'autre était totalement grise, de poussière, de brûlures.» Vingt personnes ont perdu la vie dans l'accident et deux, dont le pilote, sont grièvement blessées. Parmi les victimes, on dénombre 15 Allemands, quatre Luxembourgeois et un Français. La plupart des victimes «étaient des hommes d'affaires venus à Luxembourg pour la journée», comme l'a précisé le ministre luxembourgeois des Transports, Henri Grethen.

Le petit Fokker 50 de la Luxair avait quitté Berlin à 8 h 43. Il devait atterrir à 9 h 55, à Luxembourg. Le vol s'était déroulé sans encombre et la procédure d'approche se déroulait normalement. Mais le brouillard était très épais. Peut-être trop épais, même si, selon les autorités de l'aéroport, cette purée de pois qui a sévi toute la journée sur le grand-duché ne pouvait empêcher un atterrissage.

Quoi qu'il en soit, à 9 kilomètres du tarmac, le pilote a eu un dernier contact avec la tour de contrôle. Soudain: silence radio et plus de trace sur le radar. L'avion avait totalement disparu, sans avoir eu le temps de lancer le moindre SOS. Le plan catastrophe est alors lancé. Quelques minutes plus tard, Guillaume Wainachter téléphone à la police pour signaler qu'il se trouve à côté de la carlingue en feu, à Niederanven.

La carcasse gît au bord d'une route, dans une prairie boueuse. Le cockpit est intact. Séparé du corps de l'avion qui, lui, a pris feu. Epargnée par les flammes, la queue turquoise flanquée d'un «L» stylisé témoigne encore de l'appartenance de l'avion à la compagnie Luxair. Durant toute la journée, les pompiers se sont affairés autour des restes calcinés de l'avion, sorti d'usine en 1991 et dont c'était le premier vol après une semaine d'entretiens complets.

Minutieusement, ils ont extrait les corps un à un, dans une très forte odeur de kérosène. Dans un premier temps, un bilan de 17 morts et de cinq survivants a été annoncé, avant que l'on ne parle de deux disparus. Les secours expliqueront ensuite que l'état de la carlingue était tel qu'ils ne pensaient pas retrouver les deux derniers corps. Ils seront finalement repérés et extraits dans le courant de la soirée après de très longues opérations de désincarcération. Durant plusieurs heures, la quinzaine de brancards recouverts de couvertures blanches sont restés sous une tente jaune dans laquelle les premiers constats ont été établis, tandis que les survivants étaient envoyés dans les hôpitaux de Luxembourg. Mercredi en soirée, les causes de l'accident n'étaient toujours pas connues mais les autorités annonçaient que des experts belges et français allaient venir, dès ce jeudi matin, apporter de l'aide à leurs collègues luxembourgeois.

Seule certitude: à l'approche de l'aéroport, l'avion a perdu de l'altitude et s'est écrasé sur cette petite butte avant de se briser net en deux morceaux. C'est ensuite que le feu a pris. Selon le ministre des Transports, «la plupart des passagers sont morts sous la violence du choc» et non dans l'incendie qui l'a suivi. «Les difficultés que nous avons eues à dégager les corps témoignent de la violence de ce choc», a-t-il souligné.

Une double enquête, judiciaire et aéronautique, a été ouverte pour déterminer les causes de l'accident, le premier de l'histoire de Luxair et le deuxième jamais survenu au Luxembourg, après le crash d'un avion de la compagnie russe Aeroflot qui avait fait 14 morts en décembre 1982. Mercredi après-midi, la grande-duchesse Maria Teresa de Luxembourg et le premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker se sont rendus sur les lieux de la catastrophe.

Une chapelle ardente a été dressée pour accueillir les dépouilles des victimes dans la commune voisine de Betzdorf. Le ministre allemand des Transports Manfred Stolpe est venu s'y recueillir dans le courant de la soirée. Quant au premier ministre belge, Guy Verhofstadt, il a envoyé une lettre de condoléances à son homologue grand-ducal dans laquelle il fait part de sa «tristesse et de celle de tout le peuple belge».