Reportage

Un forum pour façonner un monde meilleur

Horyou, le réseau social des ONG, a organisé ce week-end à Genève la deuxième édition du Social Innovation and Global Ethics Forum

«Façonner un monde meilleur». C’est le slogan et l’objectif du Social Innovation and Global Ethics Forum (SIGEF) 2015 organisé le week-end dernier à Genève par le réseau social Horyou. Vendredi à 8h30, sous les hauts plafonds du Bâtiment des Forces Motrices (BFM), les intervenants et les représentants de diverses associations commencent à arriver. Tous ou presque viennent saluer Yonathan Parienti, fondateur et directeur d’Horyou, à l’allure remarquable: costume bleu, barbe non taillée, longs cheveux roux et lunettes rondes à écailles. Le réseau, en ligne depuis 2013, rassemble plus de 900 associations, ainsi mises en relation à travers le réseau social.

Pour faire partie de l’édition 2015 du SIGEF, il fallait notamment comptabiliser plus de mille «lights» (l’équivalent du «like» de Facebook) sur Horyou. Mais comme Yonathan Parienti l’a dit lors de son discours de bienvenue: «Virtual world is not enough!» («le monde virtuel, ce n’est pas assez»). Une partie de l’espace du BFM est donc occupé par les stands des associations, une centaine sur tout le week-end, venues se faire connaître et signer d’éventuels contrats. Parmi elles Sholutions, qui construit des abris en bambous pour reloger les Philippins suite aux typhons, MosohCameroun qui s’occupe d’handicapés au Cameroun. ou encore On passe à l’acte, un site français qui met en ligne des vidéos des initiatives inspirantes réalisées par des citoyens. «J’en avais marre de la peur et du négatif que véhiculent les médias», explique son créateur, Mathias Lahiani. Mais il préfère dire qu’il met en lumière des actions constructives plutôt que positives. «Positif, les gens pensent tout de suite que c’est niais.»

Une application pour aider les sans-abri

L’action du week-end se déroule aussi hors des stands, sur la scène du BFM. Une quarantaine d’intervenants aux profils aussi divers que directeurs d’entreprises ou artistes prennent la parole. Leur point commun? «Etre porteur d’un projet d’innovation sociale», résume Yonathan Parienti. Les interventions sont regroupées par thématique: les réseaux sociaux et internet pour le bien social, les défis de la nourriture ou encore la protection de la biodiversité. Sur la scène où trônent d’immenses lettres blanches qui forment l’acronyme SIGEF, des speechs à l’américaine, sans pupitre et avec micro-cravate pour une parole active qui aime interpeller l’auditoire.

Le Forum s’est conclu par une remise de prix: dimanche en fin d’après-midi, plusieurs associations ont été récompensées symboliquement, puis trois projets ont reçu respectivement 5000, 2000 et 1000 francs suisses. Le premier prix est revenu au français Yassine Riffi pour son application Humans relais, qui permet d’aider les sans-abri en alertant les associations concernées en temps réel. Les deux autres gagnants sont Lensational, qui permet aux femmes de pays défavorisés de devenir indépendantes à travers la photographie et Kmerpad, qui crée des serviettes hygiéniques lavables pour les Camerounaises. Des projets d’innovation sociale particulièrement innovants qui ont retenu l’attention du jury.

Entrepreneuriat social

Peut-on être entrepreneur et social? Dans le cadre d’une séance plénière intitulée «Entrepreneuriat social pour construire le futur», Claude Michaud, co-fondateur de l’association Social Business Models, a répondu positivement à cette question maintes fois posée au cours du week-end: «Etre entrepreneur social, c’est chercher à maximiser son impact social, pas son profit. L’argent est une ressource, pas un objectif. Pas de pertes, mais pas de dividendes.» Son association Social Business Model, fondée en 2013, a précisément pour mission d’aider les organisations tournées vers le social qui ne survivent habituellement que grâce à des dons. Pour Claude Michaud, ce n’est pas une fatalité: «Nous diffusons des méthodes, outils et formations dans ce domaine pour leur permettre de ne plus courir après des fonds externes.»

Entrepreneuriat social, ce concept connaît un essor mondial depuis environ vingt ans et fait depuis lors l’objet de nombreuses études universitaires. Selon Claude Michaud, s’il suscite un engouement, c’est parce que la crise a mis en lumière une économie actuelle à bout de souffle. Mais il n’est pas facile de concilier les univers de l'entrepreneuriat et du social, diamétralement opposés: «D’un côté, lorsque l’on parle de faire de l’argent, on nous dit qu’on pactise avec le diable, et de l’autre on est souvent traité de joyeux luron ou de sculpteur de nuage.» Les préjugés ont la vie dure, mais au SIGEF comme hors de ses murs, entrepreneuriat social est souvent présenté comme l’avenir du secteur.

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