Le fond de l'air est tiède. Une neige humide s'aventure parfois au pied des pentes jurassiennes, mais pour battre aussitôt en retraite. Les grands froids ont à peine mordu la plaine, et déjà les primevères fleurissent. Le phénomène n'est pas nouveau (voir encadré), mais il intervient bel et bien dans une période marquée par un réchauffement établi par les scientifiques. L'augmentation des températures moyennes en Suisse a été de 1,5 degré depuis 1900. Cette tendance se traduit essentiellement par une augmentation des minima: les nuits et les hivers ont tendance à se réchauffer. La période de végétation des plantes s'est allongée en moyenne de 13 jours depuis 1950. Les forestiers, habitués à voir à long terme, s'interrogent déjà sur les moyens d'adapter les peuplements au climat de demain (lire LT Sciences et Multimédia du 5 décembre 2000).

Et l'agriculture? Doit-elle se préparer à faire pousser le citron au nord des Alpes et le pamplemousse dans l'Oberland zurichois, comme l'a suggéré hier l'ATS? Les chercheurs chargés par le Fonds national suisse d'évaluer, sur la base de connaissances actuelles, les conséquences des changements climatiques pour notre pays restent beaucoup plus prudents: «La culture de plantes subtropicales est envisageable dans le Moyen-Pays (en 2030) si l'échauffement du climat est important, lit-on sous la rubrique agriculture de leur site Internet prospectif Impacts*. On ignore encore si ces cultures pourront jamais s'avérer rentables.» Au-delà de cette question des citrons, le site énumère des modifications qui risquent d'affecter l'agriculture d'ici à 2030, dans deux scénarios de réchauffement climatique, l'un modéré et l'autre fort.

Toutes les prédictions ne sont pas défavorables. Même dans l'hypothèse d'un réchauffement limité, par exemple, la culture des principales plantes herbacées destinées au fourrage deviendra possible, même à haute altitude. En dessous de 1500 m, les scientifiques prévoient une augmentation des rendements du fourrage. Le bétail profitera d'une herbe plus abondante pendant une plus longue période, de sorte que l'hivernage – la période pendant laquelle les bêtes sont à l'étable – sera réduit de façon considérable ou modeste selon les scénarios. La vache helvétique n'est pas menacée.

Les perspectives ne sont pas aussi réjouissantes pour les cultures vivrières comme le blé, la pomme de terre, l'orge ou le maïs. Malgré un allongement de la période de végétation de 3 à 25 jours suivant l'importance du réchauffement, le rendement de ces plantations ne risque pas de changer de façon importante. L'air contiendra plus de gaz carbonique, un composé qui stimule les plantes en jouant le rôle d'engrais. Mais la sécheresse sera plus importante.

Autre inquiétude: un climat plus chaud pourrait être favorable aux champignons et insectes parasites. Ceux-ci profiteraient de l'allongement de la période de végétation pour réaliser un plus grand nombre de cycles de développement. Les rongeurs risquent de survivre en plus grand nombre à des hivers doux et de provoquer des dégâts plus importants. Cette évolution, difficile à prévoir, ne préoccupe les scientifiques que si le réchauffement doit être marqué.

Mais le réchauffement ne semble pas devoir affecter profondément l'agriculture suisse. «L'évolution du marché mondial et des subventions joue un rôle plus décisif», estiment les chercheurs.

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