Le ministre français de l'Intérieur, Dominique de Villepin, a décidé mardi l'expulsion immédiate vers l'Algérie d'un imam qui avait déclaré que «battre sa femme est autorisé par le Coran», déclenchant un tollé dans le pays, a annoncé mardi un communiqué du ministère. Ce dernier avait déclaré, dans l'édition d'avril du magazine Lyon-Mag, que le chef de famille «doit rester juste avec sa femme, ne pas la frapper sans raison», mais «battre sa femme, c'est autorisé par le Coran […] dans certaines conditions, notamment si la femme trompe son mari», affirme-t-il. «Mais attention, l'homme n'a pas le droit de frapper n'importe où», ajoute-t-il. «Il ne doit pas frapper au visage mais viser le bas, les jambes ou le ventre. Et il peut frapper fort pour faire peur à sa femme afin qu'elle ne recommence plus», rapporte l'Agence France Presse, citant Lyon-Mag.

L'imam Bouziane, d'obédience salafiste (courant littéraliste, dont se réclament la plupart des groupes terroristes musulmans), se dit par ailleurs favorable à la lapidation et à la polygamie. Le religieux de Vénissieux milite pour un retour «à la vraie religion musulmane». Il est contre la musique, qui «pousse à la débauche», prône le port du voile islamique à l'école et souhaite que le «monde entier devienne musulman». Abdelkader Bouziane dit cependant être opposé au terrorisme.

«Déficience mentale et morale»

L'intellectuel musulman Rachid Benzine, auteur des Nouveaux Penseurs de l'islam (Albin Michel, 2004), récuse la lecture du Coran faite par Abdelkader Bouziane: «Les notions auxquelles il se réfère existent en effet dans le Coran, explique Rachid Benzine. Mais pourquoi cite-t-il certains versets et pas d'autres, qui abrogent ou nuancent les versets les plus répressifs? Ce que dit l'imam Bouziane relève d'une déficience mentale et morale.»

«La question qui se pose est celle de l'historicité du Coran, poursuit Rachid Benzine. A savoir: comment l'infini, l'absolu, entre en relation avec un contexte qui, lui, est fini. La Révélation du Coran s'est faite dans un temps et un espace donnés. La société d'alors était une société patriarcale où les femmes étaient considérées comme des biens. Ce n'est plus vrai depuis longtemps. La loi punit et emprisonne les hommes qui battent leur femme. Il est temps que les théologiens de l'islam intègrent des variables extra-coraniques, comme les droits de l'homme. Et si l'on veut vraiment se reporter aux premiers temps de l'islam, on verra que le Coran donnait à penser. Ainsi l'imam Malik, qui disait, trente ans seulement après la Révélation, que frapper une femme était un grand motif de divorce.»

Chercheur en herméneutique coranique, Rachid Benzine plaide pour que la France encourage, en lui en donnant les moyens, la pensée musulmane contemporaine, seule à même, selon lui, de contrebalancer le fondamentalisme.