L'instituteur de Cormeilles, un village de l'Eure, dort en prison depuis vendredi dernier. Mis en examen, pour «viol et agressions sexuelles sur mineurs de moins de 15 ans». Ce sont les confidences d'une jeune fille, âgée aujourd'hui de 14 ans, qui ont conduit l'instituteur dans le bureau du juge d'instruction, puis à la prison. Depuis cette première plainte, les bouches se sont ouvertes, les enfants ont parlé. Et le village constate l'ampleur des dégâts. Déjà douze plaintes ont été déposées depuis le début de la semaine, onze pour «agressions sexuelles» et une pour viol. Ce ne pourrait être que le début.

La justice et la gendarmerie ont décidé de prendre très au sérieux l'affaire puisque, dès mardi soir, le procureur de la République recevait tous les parents des enfants ayant été scolarisés dans la classe de M. depuis 1989. Remonter plus loin serait inutile puisque les faits éventuellement commis avant 1989 par l'instituteur suspecté d'être pédophile tomberaient sous le coup de la prescription. Les enquêteurs ont commencé par entendre les enfants, accompagnés de leurs parents, qui étaient dans la classe de M. depuis le début de l'année. Dès lundi quatre plaintes ressortaient de ces auditions. Quatre plaintes consécutives à des récits qui se ressemblent. Les enfants, âgés de 6 à 8 ans, ont raconté comment leur instituteur les faisait venir à son bureau, les asseyait sur ses genoux. «Il nous faisait mettre la main dans sa poche pour le caresser», a raconté ainsi un petit garçon. Une jeune fille âgée aujourd'hui de 17 ans a quant à elle expliqué que l'instituteur la faisait régulièrement passer sous son bureau et lui faisait pratiquer des fellations.

Les témoignages semblent se recouper: M. avait apparemment fait disposer la classe de façon à pouvoir toucher les enfants à son bureau sans se faire remarquer par les autres élèves. Des jeunes enfants ont parfois essayé de se confier à leurs parents. Ils n'y ont pas réussi. Une telle parce qu'elle n'a pas réussi à articuler les mots et que sa mère n'y avait pas pris garde. Tel autre parce que ses parents, mis dans la confidence et intervenant auprès des autorités scolaires, n'ont pas été crus.

Silence des autorités

C'est l'autre aspect de cet incroyable dossier: le silence des autorités de tutelle de l'instituteur. Ainsi, la directrice de l'établissement qui avait été alertée dès 1996 par une mère après que son fils s'est plaint d'attouchements, a pris le parti de l'instituteur. Celui-ci tout en reconnaissant avoir pris l'enfant sur ses genoux avait nié tout autre geste en expliquant que «c'était par affection». Saisi par un autre parent, un inspecteur d'académie, aujourd'hui à la retraite, n'a pas non plus donné suite aux alertes. Il avait affirmé aux parents surveiller personnellement M., mais l'académie aujourd'hui ne retrouve aucune trace de cette intervention.

La directrice d'école a été suspendue par l'Education nationale pour «faute grave». Comme l'inspecteur d'académie retraité elle a été mise en examen pour «non-dénonciation à l'autorité judiciaire d'atteintes sexuelles sur mineurs de moins de 15 ans». Les gendarmes se sont entourés de psychologues pour recevoir les témoignages des quelque 200 enfants. Tous ces récits sont enregistrés en vidéo afin d'éviter aux enfants d'avoir à revivre plusieurs fois leur traumatisante expérience. Selon une source judiciaire, M. aurait partiellement reconnu les faits. Mais son avocat n'écarte pas la «possibilité d'une machination».