RELIGION

Un jésuite recouvre sa liberté d'expression sur l'Opus Dei après vingt-deux ans de silence

Le père Albert Longchamp avait été condamné au silence il y a plus de 20 ans pour avoir publié dans une revue un article critique qu'il n'avait pas signé.

Le père jésuite genevois Albert Longchamp, directeur de la revue Choisir et ancien rédacteur en chef de l'Echo Magazine, vient de récupérer sa liberté de parole sur l'Opus Dei, dont il avait été dépossédé il y a vingt-deux ans par la hiérarchie du Vatican. «Le 12 septembre dernier, le préposé général de la Compagnie de Jésus m'a déclaré en privé qu'il me relevait unilatéralement de l'interdit concernant l'Opus Dei. Je lui ai fait répéter cette formule en ajoutant que je la rendrais publique, ce qu'il a accepté. Ceci est donc ma première déclaration publique à ce sujet», a dit Albert Longchamp au Temps. La levée de cette interdiction a eu lieu à Loyola en Espagne, à l'occasion d'une rencontre quadriennale qui réunissait les délégués de toutes les provinces de la Compagnie.

Soulagé, le jésuite rend hommage à l'Association suisse des journalistes catholiques et aux personnalités qui sont intervenues en sa faveur. «Sous un pontificat qui a prôné les droits de l'homme, cette condamnation au silence a été un contre-témoignage aux relents soviétiques. Mais maintenant que Josémaria Escriva de Balaguer, le fondateur de l'Opus Dei, a été canonisé, je ne représente plus une menace», explique-t-il.

En février 1981, Albert Longchamp avait publié dans la revue Choisir une étude fouillée et critique sur l'Opus Dei, dont il n'était pas l'auteur. En mai de la même année, le préposé général de la Compagnie lui signifiait une interdiction formelle de s'exprimer en public ou d'écrire quoi que ce soit sur cet institut sous peine de sanction. Le préposé agissait sur ordre du secrétaire d'Etat du Vatican de l'époque, le cardinal Casaroli, vraisemblablement informé par un membre de l'Œuvre en Suisse. Le journaliste devait donc cesser tout débat autour de l'Opus Dei, «même si les faits sont exacts», et «afin de ne pas blesser la charité dans l'Eglise», précisait son supérieur.

Choqué, Albert Longchamp s'est tu pendant vingt ans, jusqu'au jour où l'Echo Magazine publia une lettre de lecteur exprimant le souhait de mieux connaître l'Opus Dei et de lire un article au sujet de cet institut dont le pape avait fait une prélature personnelle en 1982. C'était le 22 mars 2001. Dans ce même numéro, le journaliste répondait par un «non possum» (je ne peux pas), en expliquant que l'interdiction qui le frappait n'avait jamais été abolie par le Vatican. Etonné, un député au Grand Conseil genevois sollicitait un entretien à ce sujet auprès de Mgr Genoud, évêque du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg. Resté sans réponse de sa part, il alertait les médias romands quelques mois plus tard. Encouragé par cette initiative, le jésuite disait alors (lire LT du 2 février 2002) qu'il était très décidé à briser le silence qui lui avait été imposé.

L'affaire, qui avait fait grand bruit, a quelque peu traîné, d'autant plus qu'aucune trace du document signifiant l'interdiction de débattre sur l'Opus Dei à Albert Longchamp n'a été retrouvée, ni dans les archives des jésuites, ni dans celles de l'Opus Dei. «Ce texte m'avait été lu, mais on ne m'en avait donné aucune copie, précise le journaliste. Par la suite, le Général des jésuites m'a donc dit qu'il ne pouvait abolir un document qu'il ne connaissait pas. Puis il a changé d'avis.»

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