Impossible de ne pas l’avoir remarqué au moins une fois, pour soi-même, ou à la table voisine: madame prend la salade, monsieur commande l’entrecôte. D’un côté, rester mince, et de l’autre, rester viril. L’explication à cet état de fait – qui tend très lentement à devenir moins systématique – est le fruit d’une certaine histoire, le produit des multiples articulations qui définissent les normes de genre. C’est ce que la journaliste française Nora Bouazzouni s’attache à développer dans son nouvel essai Steaksisme (Ed. NouriTurfu).

Yoghourt versus lasagnes

Commençons par les faits. Si les statistiques suisses sont moins nombreuses et précises que celles de nos voisins français, elles les rejoignent tout de même sur ce constat: les hommes consomment presque deux fois plus de viande que les femmes (980 g contre 570 g) selon l’étude nationale menuCH. Par ailleurs, le sondage 2020 de Swissveg montre que les Suissesses végétariennes ou véganes sont plus nombreuses que les Suisses. Et si l’on vous disait que l’Antiquité avait quelque chose à faire là-dedans? Nora Bouazzouni est remontée jusqu’aux médecins grecs Hippocrate et Galien, selon lesquels notre état de santé variait en vertu de quatre «humeurs» ou liquides (sang, lymphe, bile jaune et noire) auxquelles ont été attribuées des qualités: chaud, froid, humide et sec.