Le Temps: Le lundi c'est: gagner sa vie/la vraie vie/la belle vie?

Daniel Rausis: Gagner sa vie. Un lundi sur deux, j'enregistre «Les Dicodeurs» jusqu'au milieu de la nuit. Et l'autre, je me lève à quatre heures et demie du matin pour animer les «Matinales» d'Espace 2.

– A quoi ressemble votre bureau à votre arrivée ce jour-là?

– A la boutique d'un bouquiniste qui vient de recevoir la bibliothèque d'une veuve.

– Votre secret pour bien débuter la semaine?

– Tout contrôler le dimanche soir. La brosse à dents et les souliers, le petit-déjeuner. Au bureau, le stylo doit être à sa place. Je suis bordélique mais j'ai besoin de repères.

– Que faites-vous le lundi que vous ne faites pas les autres jours?

– Rien. Généralement, je n'ai plus d'obligations à partir de 8 h 30. Ça me laisse du temps pour aller, par exemple, à Bâle. J'ai l'abonnement général CFF. Pour mes sketches et mes émissions, je me concentre mieux dans le train qu'au bureau.

– Le pire lundi de votre vie?

– Le lundi de Pâques quand il y a la finale de la Coupe de foot. Ou quand je ne peux pas aller au Bal nègre du Carnaval de St-Maurice.

– Le jour propice à l'amour?

– Le Vendredi Saint parce qu'on ne mange pas de viande.

– Votre premier geste au travail?

– Imprimer la météo pour la balancer à l'antenne à une heure.

– La tâche quotidienne que vous aimeriez savoir faire?

– Fermer les armoires. Je les laisse toujours ouvertes parce que je me dis que j'aurai bientôt quelque chose à y mettre ou à en sortir.

– Pourquoi n'avez-vous pas choisi le métier de votre père?

– Comme préposé au Registre foncier, il ne s'est pas toujours amusé. Mais il y avait aussi le contact avec les gens, dans lequel il était très à l'aise. Au fond,

je fais comme lui un métier de bazar.

– Etes-vous bon dans votre rayon?

– Au rayon cuisine, oui. De ce point de vue, je fais le même métier que maman.

– Pourquoi la cuisine?

– Pour qu'on m'admire.

– Quand êtes-vous heureux dans votre travail?

– Quand des tâches très différentes se succèdent. Comme je n'ai pas le permis et que je ne

peux pas rouler à contresens sur l'autoroute, je prends d'autres risques, sur scène ou au micro.

Je suis heureux quand je travaille sans filet, en direct ou en public.

– Le truc infaillible pour montrer que vous travaillez?

– Mobber les chefs. Leur proposer des choses bizarres dont ils vont débattre pendant des semaines.

– Le meilleur conseil qu'on vous ait donné?

– Restez médiocre! Je suis connu comme un dilettante à qui on pardonne ses faiblesses.

– Que vous inspire le mot carrière?

– C'est l'horizontalisme constant. Tout ce que je n'aime pas.

– Qu'est-ce qu'un carriériste?

– Quelqu'un qui n'ose pas mettre son doigt dans sa narine droite quand il est seul dans l'ascenseur.

– Avez-vous le salaire que vous méritez?

– Oui. Je ne demande pas plus que d'avoir les moyens de payer les études de mes enfants.