A feuilleter le premier numéro d'Extrême Science, qui paraît ce mois, il semblerait que notre société baigne littéralement dans le paranormal. Le magazine incarne, à destination du grand public, le mouvement de zététique popularisé par le physicien Henri Broch de l'Université de Nice Sofia-Antipolis. La zététique? C'est l'art du doute et de l'esprit critique, appliqué en l'occurrence aux prétendues manifestations du paranormal. «Nous pratiquons le doute méthodique, écrit le rédacteur en chef, Patrick Berger. En ayant toujours pour base les faits: jamais nos fantasmes! Nous sommes des scientifiques donc des passionnés de l'inexpliqué. Une absence d'explication pour un phénomène n'est jamais la preuve de son caractère surnaturel mais seulement de notre incompétence à le comprendre.»

L'équipe du magazine applique ses principes avec beaucoup d'humour et de dynamisme dans la présentation. Sans pédanterie, elle passe à la moulinette les innombrables impostures du paranormal qui fleurissent quotidiennement dans la société et dans les médias. Parmi les gros dossiers du premier numéro, on se délecte de l'explication des cercles dans les blés («crop circles») inventés par deux papys en goguette et de la mise à nu de quelques escrocs ordinaires, des voyants avides de gogos, à l'inénarrable Raël et à ses clones imaginaires. On découvre aussi «le code de la Bible pour les nuls», et une analyse érudite des écrits de Nostradamus.

Pour faire bonne mesure, Henri Broch s'énerve à propos d'une émission de France 3 sur la légende du sang de San Gennaro qui, vieux de plusieurs siècles, se «liquéfie» trois fois par année. C'est le commentaire «off» de l'émission – «Reste qu'aucun scientifique n'a jusqu'à présent réussi à expliquer ce phénomène» – qui l'a mis en rage. Parlant de «lamentable désinformation», Henri Broch rappelle qu'il n'y a rien de surnaturel là-dedans, juste de la chimie élémentaire, connue depuis le XIXe siècle. Encore faut-il faire l'effort d'aller chercher l'information. Dans son bureau de l'Université de Nice, il montre à qui veut la voir l'ampoule de «sang» qu'il a fabriquée, et qui coagule ou se liquéfie à volonté.

Face à l'énorme désir de surnaturel qui a saisi nos contemporains accablés de réel, Science Extrême tombe à point pour ceux qui ont simplement envie de comprendre et de s'informer. Et qui sait? Peut-être consacrera-t-elle un jour un numéro à Mystery Park?

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