Au pays de l'Académie française, l'histoire fait ricaner un rien. Elle galvanise les commentaires, fait redoubler les traits d'humour et éclater de rire Facebook et Twitter réunis. En cause: un très officiel livre d'enseignement du français des éditions Magnard, à Paris. Il y est, à un moment donné, question des conjugaisons. Un casse-tête pour toutes les générations d'élèves. Pour le passé simple du verbe voir, les auteurs du manuel ont, semble-t-il été un peu loin dans la conjugaison créative: «je vus, tu vus, il vut, nous vûmes, vous vûtes, ils vurent».

Le Figaro narre dans le détail cette aventure au pays du Bescherelle: «Dans un livret destiné aux élèves de quatrième et publié aux éditions Magnard, plusieurs coquilles ont été découvertes mais n'ont pourtant pas été corrigées». Pourtant, note le Figaro,  Magnard présente Mon cahier de Français comme la «collection plébiscitée par les enseignants». Il poursuit: «Si des coquilles échappent parfois à la relecture des manuels, c'est ici toute la conjugaison du verbe «voir» au passé simple qui a été défigurée. La directrice des relations scolaires de Magnard ne s'en est pas inquiétée outre mesure. Florence Benichou révèle ainsi à BFM TV que la faute avait déjà été repérée: «Un enseignant nous a informés de cette erreur à la rentrée». Pourtant, à quelques jours des vacances de la Toussaint, les éditions Magnard n'ont pas retiré les manuels de la vente, ni rappelé les exemplaires écoulés. Aucune urgence donc, pour ce qu'elles estiment n'être qu'une «coquille». Magnard n'hésite pas à rappeler que les élèves ne sont pas seuls en classe: «Il y a des professeurs qui sont là pour corriger.» Ainsi, pour les exercices de conjugaison à la maison, les élèves se débrouilleront avec leurs parents. Et à l'étude, après tout, avec les surveillants.»

Plutôt désinvolte, la réaction des éditions Magnard. Au pays de Vaugelas, de Louis-Nicolas Bescherelle ainsi que d'Odette et d'Edouard Bled, c'est même un crime de lèse-majesté. Pour ne pas parler d'accident industriel majeur. Les lazzis des réseaux sociaux n'ont donc pas manqué de monter en puissance, mené par le site légendaire Bescherelle ta mère, dont le relais Facebook a créé l'émeute: «Quand un manuel scolaire de français se trompe sur toute la conjugaison du passé simple… et ne corrige pas les nouvelles éditions. On en est là. Voilà», constate le community manager du site. Près de 2800 partages, des centaines et des centaines de commentaires, plus de six mille mentions «j'aime».

Même chanson sur Twitter.

Pas besoin de faire un dessin ni un cours ex-cathedra sur la puissance virale d'un tel incident, repris désormais en boucle sur tous les sites des médias français, de l'Express à Libération, en passant par l'ActuaLitté . Les éditions Magnard décident donc de rétropédaler.

Le Figaro se régale: «Les éditions Magnard ont «vu» ensemble quelle réponse donner à cette polémique qui enfle. Dans un communiqué diffusé sur leur site, des excuses sont désormais présentées: «Très attachés à la qualité et à la rigueur du contenu de nos manuels scolaires, nous regrettons sincèrement cette importante erreur et prions les enseignants et leurs élèves de bien vouloir accepter nos excuses». Outre «la version corrigée» de la page incriminée à télécharger sur leur site, les éditeurs annoncent également qu'ils ont lancé «aujourd'hui une réimpression corrigée de l'ouvrage», disponible pour échange sur demande».

Et de fait, le site de l'éditeur affiche en majesté sur sa page d'accueil un communiqué suant la repentance et le service après-vente: «Notre Service Enseignant  se tient à la disposition des professeurs qui souhaiteraient procéder à un échange ou nous poser des questions. Cliquer-ici pour nous contacter. Cet incident nous mène à encore renforcer nos procédures de relecture et de contrôle, pour pérenniser la relation de confiance qui nous lie aux enseignants depuis de nombreuses années. Les Editions Magnard».

Il n'empêche: le mal et la maladresse initiale ne s'effacent pas si vite sur la Toile, qui continue de s'offusquer ou de ricaner. A l'image de ce Twittos qui invoque, pour le coup, les mânes du Général de Gaulle:

Reste une question lancinante: qui donc, aujourd'hui, utilise encore fréquemment le passé simple du verbe voir?

 

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