Un service d’accueil pour les victimes d’agressions sexuelles spécialement destiné aux personnes lesbiennes, gays, bisexuelles ou trans (LGBT): c’est ce que l’association vaudoise VoGay propose depuis le 1er septembre. Une première en Suisse, estime son initiateur, Raphaël Depallens, qui s’est inspiré de modèles d’outre-Atlantique.

Le Temps: Une agression sexuelle, c’est traumatisant pour tout le monde. Pourquoi organiser un accueil spécifique pour les victimes LGBT?

Raphaël Depallens: Le traumatisme de l’agression est le même pour tous. Mais les personnes LGBT ont en général plus de difficultés à porter plainte. Elles craignent de se heurter à une réaction de rejet. Dénoncer une agression tout en trouvant la force de faire son «coming out», ce n’est pas évident.

– Leur crainte est-elle justifiée dans les faits?

– Parfois oui, parfois pas. Il n’est pas si facile de répondre: la police ainsi que le service de psychiatrie de liaison du CHUV n’ont enregistré, depuis des années, aucune plainte pour agression sexuelle de la part d’une personne s’étant ouvertement déclarée LGBT. Nous savons pourtant que ces agressions ont lieu, et qu’elles touchent davantage les personnes appartenant à des minorités sexuelles. Les psychothérapeutes locaux en témoignent, les statistiques étrangères aussi.

– Concrètement, quelle aide offre le Pôle agression et viol (PAV)?

– Dès le1er septembre, via le site de VoGay*, les victimes peuvent prendre contact par mail. Nous leur garantissons une réponse dans les 48 heures. Selon les cas, nous proposons des entretiens menés par nos soins (avec deux interlocuteurs, dont un au moins est psychologue), un accompagnement dans les démarches administratives, ou alors nous nous contenterons de rediriger la personne vers le service ou le professionnel adéquat. A terme, notre ambition est aussi de faire évoluer la définition du viol dans le Code pénal suisse: actuellement, n’a droit au statut de personne violée qu’une femme ayant subi une pénétration vaginale.

– Vous n’êtes donc pas un service d’accueil d’urgence?

– Sur le site, on trouve des indications précises sur les mesures d’urgence. Mais, par manque de moyens, nous ne pouvons offrir une permanence pour le moment. Notre désir est d’en développer une, en collaboration avec l’association Faire le Pas avec qui nous travaillons.

– Une offre strictement vaudoise?

– Le service est vaudois et il tirera certainement profit de l’excellent accueil que lui ont réservé les autorités municipales lausannoises et les services de police municipaux et cantonaux. Mais si une victime d’un autre canton nous sollicite, nous ferons notre possible pour l’aider.

* www.vogay.ch/pav