Toutes les vocations sont dans la nature. De la câlinothérapeute au verbicruciste, en passant par le gardien de château, ceux qui embrassent ces métiers insolites demeurent souvent dans l’ombre. Chaque semaine de l’été, «Le Temps» a choisi de les mettre en lumière.

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Pour la plupart d’entre nous, «le bureau», c’est une salle bardée de néons, un labo exigu, un open space à moquette. Le lieu de travail de Francisco Galiana? Un décor de conte médiéval. L’an dernier, ce maçon de profession a récupéré les clés du château d’Oron, bâtisse à tourelles du XIIe siècle dominant la campagne valdo-fribourgeoise. Il veille désormais sur ces vieilles pierres, et de près: lui et sa femme Valérie sont logés à même les remparts.

Dans leur loge historique (on l’aperçoit sur une esquisse de 1749) mais fraîchement rénovée, avec vue sur la porte du château où se trouvait jadis un pont-levis, ils racontent cette improbable offre d’emploi. C’est l’ancien directeur de Valérie, ami de l’Association pour la conservation du château d’Oron, qui la lui soumet un peu au débotté. «Le gardien précédent partait à la retraite. Ça tombait bien: on voulait déménager à la campagne, et le statut de maçon indépendant devenait difficile, explique-t-elle. On a réfléchi 24 heures.»

Histoire de fantôme

Le cahier des charges? Surveiller et entretenir le domaine: une cour verdoyante, quatre salons, deux chambres, un donjon et une bibliothèque – une somptueuse collection de 18 000 œuvres romanesques à dépoussiérer. Sans oublier les salles du rez qui accueillent, en plus des visiteurs, des séminaires, des mariages et même des soirées Meurtres et mystères. «Il y a eu une coupure d’électricité durant un repas, raconte Francisco Galiana. J’ai installé des chandeliers un peu partout, les invités ont cru que cela faisait partie du jeu!»

Se promener dans un château de nuit, même quand on le connaît par cœur, reste une expérience… légèrement inquiétante. «Il y a des bruits, des craquements, des courants d’air», confie Francisco Galiana, qui fait des rondes à la lampe frontale en cas d’orage. S’il ne croit pas aux fantômes, le gardien ressent «toujours un frisson au même endroit»: dans la salle des Voûtes, là où on pendait la viande – non loin d’un passage secret creusé dans la pierre, dont on aperçoit l’entrée, qui aurait conduit les châtelains jusqu’à la rivière du Flon en contrebas.

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Serait-ce un signe de la Dame verte? Selon la légende, le château d’Oron serait en effet habité par un spectre: Péronnette, la fille adoptive des gardiens de l’époque dont le bien-aimé, parti faire un tour à cheval, aurait disparu en forêt. Morte de chagrin, la jeune femme guetterait son retour depuis la tourelle, errant dans sa robe émeraude.

En attendant de croiser l’esprit éploré, Francisco Galiana et sa femme se réjouissent de voir le château reprendre vie après des mois de sommeil. «Il n’y a jamais eu autant de visiteurs le week-end», sourient-ils. Le marché de Noël prévu dans la cour en décembre, par contre, ce sera pour l’année prochaine.