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Béatrice Berz avec Pablo à Fregiécourt.
© Pierre Montavon

Mon animal et moi

«Un minicochon, c’est malin et très inventif»

A Fregiécourt (JU), Béatrice Berz élève, parmi d’autres animaux de sa ferme, des cochons nains. Curieux et malins, ces porcelets peuvent devenir d’adorables compagnons de l’homme. A condition de savoir s’y prendre

Le cochon n’aime pas quand on l’attrape. Il hurle au scandale et tremble de peur. Mais une fois dans les bras, rassuré, il s’adonne aux caresses et vous regarde d’un œil curieux, attentionné, presque humain. «Il se sent plus en sécurité sur terre ferme. Et avec les inconnus, il est vite stressé», explique Béatrice Berz, qui tient maintenant Pablo, l’un de ses cochons nains, comme un enfant.

A Fregiécourt, dans le Jura, elle élève des animaux depuis trente-cinq ans. A côté de l’étable où Pablo s’abrite des intempéries hivernales avec deux copains plus jeunes, une dizaine de minimoutons s’affairent sur la pelouse, insensibles au froid dans leurs manteaux fourrés.

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Pablo, lui, a de longs poils gris argenté, un peu rêches au toucher, qui laissent entrevoir une peau toute tendre. De petites pommes noires sur son pelage lui donnent un aspect exotique aux yeux de quiconque n’a jamais vu d’autres cochons que roses. Quand on le caresse derrière l’oreille les plis autour de son museau semblent esquisser un sourire. Fait-il des bisous avec son groin? «Non, il l’utilise plutôt pour pousser des choses, sourit sa maîtresse. Et surtout, pour creuser, c’est son activité préférée. Le cochon reste un cochon, même mini…»

Victime de la mode

Beaucoup de gens négligent cette évidence une fois emballés à l’idée d’avoir un animal de compagnie insolite. Promu glamour grâce à George Clooney ou à Paris Hilton, qui l’ont choisi comme compagnon, le cochon nain a été victime de la mode. Jouet mignon quand il est petit, l’animal est souvent abandonné dès qu’il atteint l’âge adulte et une trentaine de kilos… Surtout si on ne lui a pas appris les bonnes manières.

«Il est nain par rapport à un porc d’élevage mais il grandit quand même, prévient Béatrice Berz. La publicité qui montre des cochons bébés est trompeuse. Et malgré ce qu’on entend dire, le mini pig n’est pas un animal d’appartement. Il n’aime pas sentir le parquet, il aime se rouler dans la terre. Il mangera vos câbles et fouillera dans vos pots de fleurs. Il a besoin d’un espace pour faire ses activités de cochon.»

L’idéal serait de lui aménager un enclos dans le jardin où il pourra creuser à volonté, s’amuser, prendre des bains de boue au besoin. Contrairement aux préjugés, c’est un animal propre: l’odeur de Pablo le confirme. «Ils apprennent à aller dans la caisse plus vite qu’un chat. On dit que les porcs sont sales, mais c’est parce qu’on les laisse dans la saleté…», plaide la fermière.

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Grands explorateurs

Curieux, les cochons explorent volontiers le monde autour et apprennent avec plaisir ce qu’on veut bien leur apprendre. Enfin… leur motivation dépend de la récompense alimentaire. Mais il vaut mieux canaliser leur intelligence pour qu’ils ne la détournent pas au service… de cochonneries.

C’est ainsi que Pablo a atterri à la ferme de Fregiécourt: pour une cure de rééducation. Il devenait insupportable dès qu’il voyait la porte du frigo s’ouvrir. «Les cochons sont très malins et étonnamment inventifs pour obtenir de la nourriture. Si on ne leur pose pas de limites dès le début, ils vont tout se permettre, explique Béatrice Berz en regardant le porcelet qui tend l’oreille. De vraies têtes de cochon. Quand ils veulent quelque chose, ils insistent jusqu’à ce qu’ils l’obtiennent. Il faut leur montrer qui est dominant et quelles sont les règles.»

Soupe à l’orge

Elle parle en connaissance de cause. Ses premiers minicochons, elle les avait achetés pour ses enfants, il y a vingt ans. Depuis, des relations passionnelles et des aventures se succèdent. Elle se souvient de l’un des premiers, qui a su contourner la barrière le séparant du poirier voisin tant convoité… en faisant le tour du village. Ou encore d’Elvis, tout noir avec une mèche banane rock’n’roll.

«J’aime les animaux depuis toute petite. J’ai grandi près de Zurich mais j’étais beaucoup plus heureuse dans la ferme de mes grands-parents que dans notre quartier résidentiel. La vraie vie, c’était là-bas.» Si elle fait un apprentissage d’employée de commerce, elle troque très vite le travail de bureau contre le labour de campagne. Rude, sans congés, avec tous les risques qu’il implique mais rempli de joie malgré les difficultés.

«Il y a de plus en plus de réglementations, de méfiance envers de petits éleveurs à l’ancienne. Et aussi moins d’intérêt. Avant, les enfants se réjouissaient d’avoir un lapin pour Noël, maintenant ils ont besoin de gadgets, déplore Béatrice Berz en imitant le glissement du doigt sur l’écran d’un smartphone. Les adultes ne veulent pas non plus d’attaches dans un monde où il est si facile de partir pour un week-end. Je trouve cette évolution triste.»

Elle se débrouille seule avec son cheptel, aidée seulement par Francis, homme à tout faire, et la jeune Leila, qui attend de trouver une place d’apprentissage pour devenir vétérinaire. Le rythme est soutenu du matin au soir: pendant qu’elle nous parle, elle pense aux pommes de terre qu’il faut découper pour les moutons et à la bouillie d’orge à préparer pour les cochons.

Egaux de l’homme

Les animaux lui apportent plus de plaisir que de bénéfice, avoue-t-elle. «La laine des minimoutons? Qui en a-t-il besoin? Tout le monde a une polaire, aujourd’hui. Et un mouton ne supporte évidemment pas la concurrence des tondeuses automatiques.» Les minicochons ont un peu plus de succès. «Il y a beaucoup de gens qui aiment les cochons. Comme on aime un chien ou un cheval. Il y a aussi ceux qui n’osaient pas l’avouer et sont maintenant heureux de pouvoir en faire un animal de compagnie.»

Pablo a rejoint ses deux jeunes amis sur l’herbe sèche de l’étable. Les petits cherchent repreneurs mais Béatrice Berz ne les confiera pas à n’importe qui. Pour éviter les frustrations, d’un côté comme de l’autre.

A la question de savoir ce qu’un cochon apporte de plus qu’un animal de compagnie traditionnel, c’est Winston Churchill qui répond: «J’aime les porcs. Les chiens vous regardent tous avec vénération. Les chats vous toisent avec dédain. Il n’y a que les cochons qui vous considèrent comme leurs égaux.»

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