Déjà utilisée dans 16 aéroports internationaux, et appelée à se populariser dans le monde entier, la CTX5000 marque une avancée certaine en matière de sécurité aérienne. Cela dit, elle est une menace explosive pour les amateurs de photographie. Telle est la conclusion du groupement mondial des fabricants d'équipements photographiques (PIMA en anglais), qui vient de procéder à des tests désastreux avec le détecteur.

Fabriquée aux Etats-Unis par InVision Technologies, la machine a été conçue pour repérer les explosifs dans les bagages enregistrés. «C'est un tomographe qui recourt à des rayons X pour analyser en trois dimensions le contenu d'un bagage», précise François Villard, adjoint au commandant des services de sécurité de l'aéroport de Genève. Le problème est que la CTX5000 utilise une haute dose de rayons X, beaucoup plus incisifs que les radiations des détecteurs conçus pour les bagages à main des passagers.

Images biffées ou nappées

La PIMA a soumis des films négatifs couleur, exposés ou non, au regard acéré de la machine américaine. Les pellicules étaient standard, APS, Polaroïd, de format 120 ou provenaient d'appareils jetables. Leur sensibilité variait de 100 à 1000 ISO. Après un seul passage, la plupart d'entre elles ont présenté une ligne continue et opaque de 1 cm de largeur. Plus le film était sensible, plus la morsure lumineuse était visible. Souvent, les films présentaient des marques laiteuses sur la totalité de leur surface. En d'autres termes, les images prises ou à prendre étaient soit biffées soit nappées d'un brouillard intempestif. Les amateurs qui ont pour habitude de loger quelques films, voire leur appareil compact dans leur valise risquent d'avoir de très mauvaises surprises à leur retour.

Surtout que l'installation de la CTX5000, aussi discrète que progressive, n'a pas encore été accompagnée de mises en garde pour les passagers. Le sera-t-elle?

Selon nos informations, le nouveau détecteur d'explosif aurait été mis en place à Manchester, Tel-Aviv, Chicago, San Francisco et JFK-New York. Onze autres grands aéroports internationaux en sont également équipés. Plusieurs aéroports en acquerront cette année.

La nouvelle réglementation de la Communauté européenne de l'aviation civile, qui regroupe une trentaine de pays, dont la Suisse, devrait accroître le danger pour les émulsions photographiques. La réglementation prévoit qu'en l'an 2000, la totalité des bagages enregistrés dans les aéroports devront être soumis à un contrôle électronique. La CTX5000, ou ses équivalents, a des jours lumineux devant elle.

«C'est effectivement un de ses inconvénients majeurs», regrette le capitaine Villard à l'aéroport de Genève. Celui-ci nuance immédiatement son propos: au final, n'est-ce pas, mieux vaut un vol effectué dans les meilleures conditions de sécurité qu'un film voilé. Au surcroît, d'ici à deux ans, tous les bagages enregistrés ne passeront pas devant le détecteur d'explosif. D'autres contrôles, ceux-là inoffensifs pour les films, assureront un tri préalable. Selon le responsable de la sécurité, seuls 20 à 30% des bagages devraient être contrôlés par un tomographe. Lequel, enfin, ne scanne pas l'entier des bagages, mais choisi des endroits précis, laissant ainsi aux films une chance supplémentaire de garder leur intégrité.

«20 à 30% de contrôle en bout de chaîne? Pas si sûr», pondère aux Etats-Unis Tom Difficy, président de la PIMA: «Le pourcentage augmentera à coup sûr avec les situations de crise, les consignes diverses des gouvernements ou des services de sécurité des aéroports. La règle, dès a présent, est de ne laisser aucun film dans les valises ou sacs enregistrés par les passagers des compagnies aériennes.»

Dans son élan, Tom Difficy pointe la parade absolue, évidente: trimballer ses pellicules dans son bagage à main, ou, mieux, demander aux responsables de la sécurité de contrôler manuellement les films. Attention, le sac couvert d'une pellicule de plomb, le «film shield», n'offre plus une protection absolue. Les contrôleurs, face à un objet opaque inscrit sur leur écran, augmentent parfois le rayonnement de leur détecteur pour en visualiser le contenu.

Le numérique épargné

En usage normal, et dans l'immense majorité des aéroports, les détecteurs conçus pour les bagages à main soumettent les objets à une radiation de 0,005 milliröntgen, soit 200 fois moins que le seuil critique pour les films, établi à 1,0 mR. Kodak a mené des tests à Kloten et à Cointrin. Conclusion: les films résistaient parfaitement à 50 inspections successives.

Enfin, notons que les appareils photo à technologie numérique ou les bandes vidéo ne risquent rien dans les aéroports, même avec le désormais redoutable CTX5000.