Et maintenant, identifier les cadavres. Une semaine après le crash de l’Airbus A330 d’Air France au milieu de l’Atlantique, ce fastidieux travail s’apprête à commencer. Les premiers corps retirés des eaux par la frégate brésilienne Constitucao et la frégate française Ventôse à 1150 kilomètres au large de Recife sont en effet censés arriver ce mardi sur l’archipel Fernando de Noronha, où ils doivent être examinés par une équipe de huit experts de la police.

Comment ces spécialistes procéderont-ils? «De nombreux signes morphologiques permettent de se faire une idée de l’identité d’un corps, explique Cristian Palmiere, médecin chef de clinique au Centre universitaire romand de médecine légale. Je pense par exemple aux tatouages ou aux piercings. Mais seules quatre méthodes permettent d’identifier formellement un corps: la comparaison de l’ADN, des empreintes digitales, des dentitions et des ajouts chirurgicaux (prothèses de hanche, clous, etc.).»

Les méthodes utilisées par les médecins légistes dépêchés sur l’archipel de Fernando de Noronha dépendront de l’état des cadavres dégagés des flots. Les corps peuvent être plus ou moins dégradés, d’abord, selon les circonstances de l’accident: explosion en altitude ou au niveau de la mer, crash brutal ou tentative d’amerrissage. Ils peuvent avoir plus ou moins souffert de leur séjour dans l’eau, ensuite, suivant la température de l’Atlantique à ces latitudes (plus elle est basse et plus la conservation sera bonne) et, facteur terrible à rappeler, suivant la composition de la faune locale.

Un maximum de résultats

Quel que soit son sort cependant, même en état avancé de décomposition, même démembré, un corps a bien des chances d’être identifié par l’une ou l’autre des méthodes à disposition.

«Sur le terrain – j’ai travaillé en Thaïlande au lendemain du tsunami –, je me suis rendu compte que le moyen le plus courant est l’examen comparatif dentaire, remarque Cristian Palmiere. C’est lui qui donne le maximum de résultats en un minimum de temps. Pratiquement tout le monde s’est fait un jour ou l’autre soigner les dents et possède donc chez un dentiste un dossier personnel. Et l’émail se conserve très longtemps. Il suffit donc de retrouver une mâchoire pour identifier quelqu’un avec certitude.»

Dans les situations les plus dramatiques, les tests ADN représentent un autre recours, qui nécessite encore moins de matière première. S’il ne reste plus de liquide d’origine (sang, etc.) dans un corps, les médecins peuvent recourir à ses tissus. Et s’il ne reste plus de tissu, ils peuvent encore se replier sur une simple dent, un seul os, un tout petit ongle.