Dès l'entrée du chapiteau, l'odeur de sciure et de crottin chaud monte au nez. Le cirque, c'est certain, est affaire de terre, de feu, d'eau et d'air. A ces quatre éléments vient s'ajouter l'amour. L'amour évident entre le dresseur et ses fauves, l'amour-haine entre les clowns et enfin la passion d'un public pour SON spectacle – certes. Mais, lors du lancement vendredi à Rapperswil (SG) de la nouvelle saison du Cirque national Knie, une autre histoire d'amour électrifie les gradins. Celle dont la presse internationale a abondamment parlé, bien sûr: l'idylle aujourd'hui officielle entre une princesse et un dompteur d'éléphants. En tombant amoureuse de Franco Knie – à qui tous les pachydermes du pays obéissent au doigt et à la trompe –, Caroline de Monaco, comme un ouragan, est venue en effet compromettre la tranquillité légendaire de l'autre bout du Lac de Zurich. Pour le plus grand bien de Rapperswil d'ailleurs.

Beaucoup de photographes donc vendredi, lors de la répétition générale du Knie. Et des objectifs énormes au premier rang, si grands qu'on puisse douter qu'ils ne servent qu'à couvrir les quelques mètres de la piste. Oui, Stéphanie est dans la salle. Mais où? Personne ne sait vraiment et personne ne veut le dire. Plus tard, dans l'Internet-café rapperswilois – qui fait office de QG improvisé pour la presse –, un photographe britannique, un «paparazzi» oserait-on murmurer, montrera des clichés du couple se promenant vendredi après-midi dans la vieille ville. Lui: costume gris et moustache toujours. Elle: veste en jean et sourire de tigresse. Tout est pourtant si discret, si le couple «Kniemaldi», main dans la main, brûle en effet une pellicule mondiale, le cirque, lui, ne plonge pas encore ses princesses dans la ménagerie: Pauline Ducruet, elle, n'a pas de numéro au programme 2001. Unique déception de ce programme justement, puisque hier encore, lors d'une répétition, la petite-fille du prince Rainier III jouait avec quelques éléphants d'Asie.

Tous les printemps, le cirque Knie quitte Rapperswil, son quartier d'hiver, pour entamer une tournée au rythme établi. Une semaine sur place, puis quelques villes du coin, avant Zurich début mai et la Suisse romande, dès juin, avec La Chaux-de-Fonds et Neuchâtel. Genève et Lausanne en septembre et août. La saison qui débute n'a rien de révolutionnaire. Les numéros traditionnels sont ceux qui plaisent le plus. Langue française oblige, la Suisse romande bénéficie d'un programme légèrement modifié, avec notamment en 2001 le numéro attendu de Marie-Thérèse Porchet, née ce que l'on sait. En Suisse alémanique, c'est Almi qui joue son rôle de trouble-fête, un comique du cru qui amuse en dialecte et grimace en direct.

Composé pour cette répétition générale de beaucoup d'enfants, de journalistes et d'infirmes, le public de vendredi a particulièrement retenu son souffle lors du numéro de dressage de Gary Jahn. Le dompteur britannique maîtrise prudemment une demi-douzaine de tigres aux dents longues qui quittent la piste sur leurs deux pattes arrière. Franco Knie et son fils, Franco junior, sont restés fidèles à leurs éléphantes placides. Un numéro impressionnant, dans lequel les géantes jouent à «assis-debout-couché» entre deux clins d'œil à leurs maîtres et trois ou quatre bananes récompentielles. Marie-José Knie, Romande entrée dans la famille par la bouche de Fredy junior, a quelques ennuis avec ses chevaux revêches, mais sa longue robe rouge tient le coup et le spectacle continue. Les costumes ont été dessinés par le styliste Roberto Rosello et ne sont pas étrangers au succès du spectacle.

En matière de cirque, on n'échappe pas aux jongleurs d'Extrême-Orient, toujours en forme lorsqu'il s'agit de construire, en s'emboîtant les uns dans les autres, des pyramides humaines ou de sauter en pirouettes savantes au-dessus d'assiettes tourbillonnantes. Contorsionnistes russes aussi avec les frères Charkov. Le couple offre un numéro étonnant d'érotisme. A demi nus, les Charkov s'emmêlent, se tâtent les muscles et se portent, entre trois ou quatre grands écarts élastiques.

La nouvelle saison du Cirque Knie est un hommage de belle tradition au métier sous chapiteau. La récente entrée de la dynastie suisse dans les affaires des familles princières du continent n'a pas changé la couleur du nez des clowns.