Le commandant de bord, un homme de 61 ans qui travaillait depuis 21 ans pour Continental, est décédé «apparemment de causes naturelles», a indiqué la compagnie dans un communiqué, dans l’attente des résultats de l’autopsie. Les passagers n’ont été prévenus qu’à l’arrivée que leur pilote était décédé en vol. Trois pilotes ont bien voulu commenter pour nous cet accident, extrêmement rare.

■ La santé

Les pilotes sont les personnes les plus en forme possible selon Rolf Odermatt, pour le syndicat suisse des pilotes Aeropers. Les contrôles sont très poussés aux tout débuts de la formation, et tous les ans, les pilotes passent une visite médicale approfondie chez des praticiens certifiés, avec électrocardiogramme, examens visuels, ou pulmonaires entre autres. Cette visite obligatoire, redoutée, et qui incite à une bonne hygiène de vie au quotidien, devient semestrielle dès l’âge de 60 ans, précise Mark, pilote sur une grande compagnie aérienne européenne. Il est toujours possible à un pilote de ne pas embarquer s’il ne se sent pas au meilleur de sa forme, il vaut mieux gêner la compagnie en l’obligeant à trouver un autre pilote et éventuellement mettre l’avion en retard plutôt que perdre sa licence si après un vol, il apparaît de façon manifeste qu’on n’aurait pas dû prendre les commandes – trop grande fatigue, ou prise de médicaments induisant une baisse de vigilance. Le pilote engage toujours sa responsabilité personnelle.

A bord, les avions disposent de kits médicaux et, sur les compagnies occidentales, presque toujours de défibrillateurs, selon les recommandations internationales. Cinq passagers ont ainsi pu être sauvés sur Air France en 2008 selon Cédric Maniez, du syndicat français des pilotes de ligne.

■ La compétence

Les pilotes doivent faire la preuve des leurs compétences en passant des examens en simulateur de vol obligatoires tous les six mois. Ces tests très intenses durent deux journées. La répartition des rôles entre pilote et copilote se fait avant les départs. Le commandant de bord est aussi un pilote, avec plus d’ancienneté. Chacun à bord a un rôle extrêmement défini, en un ballet très réglé, avec une routine différente selon chaque compagnie, mais toujours très rigoureuse. Un pilote se spécialise sur un type d’avion, et ne peut conduire d’autres modèles. Toutes les défaillances possibles sont anticipées lors des formations et examens, et la chronique journalistique est riche d’avions posés sans encombre dans des conditions rocambolesques.. .Les pilotes de toute façon sont entraînés à voler seuls. La procédure prend de 5 à 6 minutes pour qu’un copilote prenne la place du pilote.

■ L’âge du capitaine

C’est un sujet chaud au sein de l’IFALPA, la fédération internationale des pilotes de ligne, reconnaît Rolf Odermattt. Chez Swiss, l’âge de la retraite pour un pilote est de 58 ans. En Israël ou en Nouvelle Zélande, il n’y a pas de limite d’âge. Dans l’Union européenne, il n’est plus légal d’obliger un travailleur à prendre sa retraite avant 65 ans. La directive a déjà été transposée en Grande-Bretagne (l’ancienne limite était de 55 ans), et le sera pour les pilotes français l’année prochaine (jusqu’ici l’âge retenu par le code de l’aviation civile était de 60 ans). Avec des restrictions: en France toujours, un amendement prévoit que chaque avion ne devra pas être piloté par plus d’un sexagénaire. C’est cette limite de 65 ans qui s’est imposée aussi aux Etats-Unis.

Enfin deux certitudes partagées par nos trois pilotes: plus que le poids des ans, c’est l’expérience qui compte. Et surtout, malgré les catastrophes inévitables, l’avion reste le plus sûr moyen de transport.