Existe-t-il, sur nos chromosomes, un «plan de construction» de nos membres, qui se transmet de génération en génération? Et si oui, comment ce plan est-il lu? C'est à ces questions que se sont attelés Marie Knita et Yann Hérault, au laboratoire du professeur Duboule du département de zoologie et de biologie animale de l'Université de Genève. Il y a près de quinze ans, ce même laboratoire avait découvert que des gènes architectes, nécessaires à la construction de nos bras et de nos jambes, se trouvaient alignés sur nos chromosomes en suivant l'ordre des structures mêmes qu'ils allaient construire: d'abord les gènes de l'épaule, puis du bras et de l'avant-bras, et enfin des doigts. Il y avait donc une correspondance entre l'organisation linéaire des gènes et celle des membres. Les chercheurs publient aujourd'hui dans la revue Nature les résultats de travaux menés depuis cinq ans. Sommairement résumés, ils montrent que, si les doigts se trouvent à l'extrémité du bras, c'est parce que la nature a inventé un mécanisme de régulation génique original en créant un seul centre de contrôle pour tous les doigts. Celui-ci se situe, sur le chromosome, à l'extrémité de la série de gènes sur laquelle il agit. Il en résulte que seuls les gènes proches de ce centre participent à la constitution des doigts. Ce travail a notamment été rendu possible grâce à la logistique importante dont dispose le pôle national de recherche «Frontiers in Genetics», que dirige le professeur Duboule. Ce laboratoire est en effet l'un des seuls au monde à posséder une collection de plusieurs milliers de souris qui se croisent entre elles, de façon naturelle, permettant ainsi une étude génétique globale et massive du développement des membres.