Tous les quinze jours, notre chroniqueuse jette un «coup d’oreille» à la vaste planète des podcasts francophones et vous conseille un épisode en lien avec l’actualité.

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Ces dernières semaines ont été marquées par la recrudescence des mobilisations antiracistes, la dénonciation des violences policières, mais aussi des discriminations qui façonnent encore le quotidien. Pour que les comportements changent, il faudrait se lever de bonne heure: les stéréotypes, les représentations du monde se forgent tôt chez les enfants. Et, en tant qu’enfant racisé, comment grandir alors que ni les BD, ni les livres, ni les dessins animés ne mettent en scène des personnages qui vous ressemblent (pour rappel, la première princesse noire de Disney apparaît en 2009 avec La Princesse et la Grenouille)? Comment ne pas penser, alors, que l’on est «différent»?

Un épisode du podcast Kiffe ta race propose d’y réfléchir: les animatrices Rokhaya Diallo et Grace Ly reçoivent Laura Nsafou, autrice de l’album jeunesse Comme un million de papillons noirs et plus récemment du Chemin de Jada.

Loin des clichés

L’épisode s’étend sur quarante minutes, un format conversationnel plutôt qu’une interview, qui laisse la place à la spontanéité. Des allers-retours appréciables entre expérience personnelle et analyse médiatique: Laura Nsafou est invitée à conter pourquoi elle s’est lancée dans les histoires pour enfants. Et devinez quoi? Cela lui vient de… sa propre enfance. Très tôt, à 8 ans, elle exprime son malaise en dessinant les héroïnes et héros qui manquent aux contes qu’elle lit.

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Paf! Plusieurs années après, à la demande d’une éditrice, elle prend la plume et imagine un récit loin des clichés, aussi narratifs que visuels, avec l’illustratrice Barbara Brun. Adé, l’héroïne, est une petite fille qui grandit en France dans une famille noire. Elle subit les moqueries de ses camarades quant à ses cheveux «différents» et ne s’aime plus. Loin des traits européanisés, des cheveux crépus représentés par un gribouillage ou encore des lèvres gonflées de manière caricaturale, Laura Nsafou célèbre la beauté (et la diversité) des petites filles afrodescendantes.

«Ça ne se vend pas»

Comme un million de papillons noirs connaît un second succès à sa réédition par la maison d’édition Cambourakis, mais avant cela, c’est la bataille. Le premier éditeur ayant cessé ses activités, Laura Nsafou se met en quête d'une nouvelle maison d'édition pour continuer à l'imprimer. Les professionnels du livre rechignent: «Ça ne se vend pas», «C’est un public de niche». «Comme si le Petit Nicolas était plus universel!» bondit Laura Nsafou. Qu’est-ce que cela change à la trame d’une histoire que l’un-e des protagonistes soit Noir-e? Absolument rien. Aux parents qui lui disent que leur progéniture ne peut s’identifier à une petite héroïne afrodescendante, Laura Nsafou rétorque: «Ils peuvent s’identifier à une princesse ou un sorcier aux pouvoirs magiques mais pas à un enfant d’une autre couleur?»

A travers ce podcast à la tonalité joyeuse, il transparaît bien que les enjeux entourant la représentation des personnes racisées dans les albums (ou toute autre production culturelle) pour enfants sont bien plus vastes qu’ils n’y paraissent. Parce qu’ils forgent la représentation du monde des plus jeunes, ils méritent toute leur place au sein des débats des adultes.