Tous les quinze jours, notre chroniqueuse jette un «coup d’oreille» à la vaste planète des podcasts francophones et vous conseille un épisode en lien avec l’actualité.

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Les salons de coiffure vont rouvrir, les instituts esthétiques aussi: tant mieux pour leurs tenanciers et tenancières… et tant mieux pour nos figures en déclin (paraît-il). Ah, l’apparence! L’une de nos journalistes s’attaquait à ce sujet la semaine dernière, soulignant la triste invariabilité de la presse féminine et ses efforts redoublés pour nous combler d’astuces afin d’atteindre – quand même! – le bikini body au sortir du confinement.

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Il est vrai que «confinés», nous le sommes parfois avec d’autres mais surtout avec nous-mêmes, ce qui inclut nos pensées mais aussi ce corps que l’on peut tolérer, aimer, ou même détester. C’est selon. S’il revêt une importance particulière dans nos sociétés où l’aspect extérieur prime bien souvent sur le reste, il est devenu central en ces temps de pandémie: à la fois soumis aux injonctions à «ne pas se laisser aller», mais aussi observé dans la crainte de déceler le moindre symptôme. Aussi, j’ai choisi de vous indiquer deux podcasts abordant ce rapport à notre propre chair.

Ce corps qui se rappelle à nous

Dans «Habiter son corps» du podcast Programme B, la journaliste Camille Regache tresse le fil d’une réflexion entre témoignages et interventions scientifiques, autour de notre relation à nos organes, nos muscles, nos os, nos cheveux, nos abdos en période de confinement. Une demi-heure d’un mélange réussi, qui aborde bien des facettes d’une vaste problématique.

Il y a cette femme, rescapée du virus, pointant «la toute petite échelle» de son corps qui prend soudain une valeur sur les graphiques du monde entier. Cet autre qui se sent mieux car il a «repris le contrôle sur son corps et a laissé son corps reprendre le contrôle sur lui», à travers une activité physique jusqu’alors délaissée. L’anthropologue David Le Breton analyse ce problème d’une «humanité assise» qui voit sa propre chair comme un simple outil, a oublié qu’elle est impliquée dans tout rapport au monde (perception, gestes quotidiens, émotions). Enfin, alors que les unes et les autres témoignent d’un «nouveau regard sur soi», comment ne pas se perdre dans les injonctions à la bonne nutrition, à la bonne manière de s’exercer? Je vous laisse mettre vos écouteurs et approfondir ce passionnant sujet.

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Eva Ruchpaul, plus ancienne yogi de France

Les Vieilles Branches figure parmi mes podcasts préférés, et j’ai trouvé là un épisode qui, s’il n’a pas trait directement à la corporalité au temps du Covid-19, donne de l’espoir. Le principe de cette série audio: faire parler une personnalité âgée de sa vie passée, actuelle et de ses idées à propos du futur. Le 46e chapitre est consacré à Eva Ruchpaul, 92 ans, pionnière de l’enseignement du yoga en France dans les années 1960. Elle a fondé un institut qui a vu défiler des célébrités telles que Christian Dior, Yves Montand, Emile Durkheim… Elle aurait aussi «mis un vent» à Madonna.

Pourquoi faut-il l’écouter (se) raconter? Car (en plus d’être drôle) elle évoque avec un naturel déconcertant sa bataille avec son corps – elle a subi une attaque de polio à 18 mois et a donc appris à marcher avec une «jambe morte» – pourtant devenu le cœur de son métier. Elle loue une forme d’intelligence corporelle et appuie sur la nécessité de se «réjouir de notre mécanique», d’exécuter chaque geste «comme si c’était la première fois». Mais elle ne prêche pas pour sa discipline: à chacun ses besoins et le devoir de cultiver un talent. Bref, une conversation réjouissante et un exemple à suivre.


Ces deux épisodes sont disponibles sur la plupart des plateformes d’écoute: Apple Podcasts, Spotify, SoundCloud et Google Podcasts.