Tous les quinze jours, notre chroniqueuse jette un «coup d’oreille» à la vaste planète des podcasts francophones et vous conseille un épisode en lien avec l’actualité.

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C’est le grand thème qui s’immisce dans les discussions pré-déconfinement: le coronavirus et les mesures pour l’endiguer changeront-ils quelque chose à nos modes de vie? Voire révolutionneront-ils notre société qui privilégie le confort, le profit, au détriment de l’environnement? La course aux spéculations est lancée.

Parmi les projections, on entend aussi bien parler de télétravail institué que de «retour à la nature», avec pour genèse, la fuite des Parisiens et Parisiennes vers leurs résidences secondaires ou leurs locations «au vert». Ce phénomène a donc cristallisé les inégalités, mais il pourrait aussi infuser dans toutes les couches de la population, et pousser certains à lorgner des habitations hors des centres urbains. C’est ce qu’aborde un épisode de Poire et Cahuètes, produit par Slate.

Des livres pour l’avenir

Ce podcast, d’abord dédié à l’actualité des essais, s’est adapté à la crise en reliant certains écrits aux questions d’actualité. Aussi, dans «Nos vies post-confinement: la revanche des campagnes?», les journalistes Hélène Decommer et Jean-Laurent Cassely nous incitent à (re)lire Jean Viard. Celui que l’on nomme souvent «le sociologue des vacances» est aussi spécialiste des rapports entre ville et campagne, se considère lui-même comme un «néorural» et a publié en janvier dernier un pavé intitulé Le Sacre de la terre qui regroupe des années de recherches, d’observations et de questionnements.

Poire et Cahuètes parvient à susciter l’envie: que veut dire le chercheur lorsqu’il affirme que l’opposition entre ville et campagne, paysans et citadins, n’a plus lieu d’être? Le duo enchaîne en conseillant une lecture plus «légère» (quoique…): Ecotopia, récit utopique d’Ernest Callenbach publié en 1975 et dont l’imaginaire, bien que radical, deviendrait presque plausible. Le tableau dépeint est celui d’un San Francisco où le tri des déchets est la norme, tout comme l’absence de voitures et la végétalisation de la ville. Utopiste, vraiment?

Le (non?) futur des écrans

Une autre hypothèse – et une crainte pour certain – est celle que le confinement aura durablement intensifié notre rapport aux écrans. Outre le télétravail, les smartphones, ordinateurs et tablettes sont devenus nos (uniques?) alliés pour remédier au manque de relations sociales. Interrogé dans le cadre de l’émission L’époque de la RTS, le sociologue des sciences et des techniques Dominique Vinck adhère à cet état de fait tout en le nuançant au moyen d’autres réalités concrètes: la plupart des gens disposent des outils technologiques mais n’en ont pas nécessairement la maîtrise.

Ainsi, des enseignants se sont retrouvés bien empruntés pour choisir et créer les bons formats de partage de leurs cours, y perdant un temps et une énergie fous. C’est le cas d’une doctorante chargée d’enseignement à l’Unil qui soupire: «Trop de Skype, trop d’e-mails, trop de WhatsApp. A la fin, j’avais envie de jeter mon ordinateur et mon téléphone par la fenêtre.» Deuzio, la plupart des gens, même s’ils ont énormément interagi au moyen de Zoom et compagnie, ne se réjouissent que d’une chose: revoir leur famille, leurs amis, leurs collègues, en chair et en os. Evidemment.

En fin de podcast surgit l’inévitable question de la surveillance, du stockage des données, grâce aux futures applications de traçage. Le chercheur soulève un point positif: «Nous sommes en train de développer une culture du numérique.» Bref, l’usage des technologies en confinement nous a peut-être obligés à réfléchir à nos pratiques et nous a rendus moins naïfs. Pour profiter de l’analyse complète, ponctuée de témoignages bienvenus dans un laps de temps plutôt correct (23 minutes), rendez-vous du côté de Lʹépoque du coronavirus: une chance pour changer notre rapport au numérique? Aucune excuse: nul besoin d’écran pour écouter un bon petit podcast.


Les deux podcasts sont disponibles sur les plateformes habituelles: Apple Podcasts, Spotify, Google Podcasts et RTS.ch ou RTS Play pour L’époque.