Tous les quinze jours, notre chroniqueuse jette un «coup d’oreille» à la vaste planète des podcasts francophones et vous conseille un épisode en lien avec l’actualité.

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Regardez par-delà votre fenêtre de bureau: il fait beau, chaud, et les soirées s’étirent… comme les élastiques des masques chirurgicaux. Devenus objets du quotidien, ils sont cette piqûre de rappel visuelle quant à la présence du virus. Nous apprenons lentement à «faire avec», et parlons de moins en moins des soignants applaudis aux fenêtres, qui, eux, restent sur le pont. Et pas seulement dans les hôpitaux.

A ce sujet, Libération vient de publier un podcast qui s’intéresse au rôle du médecin de campagne, une espèce en voie de disparition. Il m’arrive rarement de sauter sur une série audio à peine dévoilée, mais le coup de cœur est tel que je vous presse – je vous prie, même! – de l’écouter. Au revoir les patients est l’œuvre de la journaliste Aline Fontaine, qui suit son père, Jean-Claude, médecin de campagne généraliste en Normandie, durant les deux dernières semaines qui le séparent de la retraite.

Les liens humains, loin de la centralisation

Par où commencer? Peut-être est-ce le caractère éminemment personnel de cette série, en 7 épisodes d’une dizaine de minutes, qui contribue à son charme, en même temps qu’elle souligne une problématique loin d’être rose: la délocalisation des usines puis l’urbanisation et les politiques de centralisation ont dépeuplé les villages et désavantagé les habitants restants, les éloignant des médecins regroupés dans de grandes structures qu’on a le bon ton de nommer «pôles» de santé. Heureusement, le père d’Aline a poursuivi son activité à Condé-sur-Noireau, qui compte un peu plus de 4000 âmes, et ses alentours. Mais il doit bien s’arrêter un jour.

Si les dernières visites auxquelles assiste sa fille ne sont pas toujours «faciles», elles témoignent toutes d’une manière de faire délicate qui va bien au-delà de l’image du docteur minuté, fatigué, griffonnant son ordonnance sans la moindre expression. Ici, on dialogue, on prend le temps d’expliquer, on met du baume au cœur. Et puis, au-delà des patients eux-mêmes, transparaît l’émotion d’une famille qui s’est développée dans ce contexte social, s’est organisée en fonction des autres. L’épisode n° 5 sacralise d’ailleurs le riz au lait, petit plat autrefois destiné aux nuits de garde – que Jean-Claude Fontaine ne fait plus depuis 2003. Mais son épouse continue de le préparer: une manière pour elle de prendre soin de lui à son tour, dit-elle.

Leçon de soin

Aline Fontaine se prête au jeu des réflexions soufflées aux auditeurs, à l’image des apartés au théâtre, sans lisser ses émotions. Elle ouvre une fenêtre sur sa propre intimité et celle de ses parents, laisse le micro ouvert lorsque les patients font des blagues, mais aussi lorsqu’ils expriment leur malaise ou la tristesse de perdre un soignant qui les connaît.

Si cette réalité est celle d’un village français, elle n’est sans doute pas si éloignée de la nôtre. Pour qui a un grand-parent un tant soit peu campagnard, les récits se croisent. Et puis, quoi de mieux que les histoires incarnées pour faire passer le message (transfrontalier) de l’importance du soin à l’autre? Si la crise sanitaire que nous vivons ne nous l’a pas encore appris, Au revoir les patients offre une belle session de rattrapage.


Au revoir les patients, Libération. Disponible sur Apple Podcast, Google Podcasts et Spotify.