«Cette messe, c'est un premier pas vers une prise de pouvoir de la cathédrale de Lausanne par les catholiques!» René Mouron, un retraité de confession protestante âgé de 77 ans, ne décolère pas. Samedi soir, les paroisses catholiques de Lausanne organisent en effet une messe à la cathédrale, avec la bénédiction de l'Eglise évangélique réformée du canton de Vaud (EERV) et des autorités cantonales. René Mouron a tout fait pour empêcher cette célébration. A la fin du mois d'octobre, il a déposé un recours contre la tenue de la messe auprès du Tribunal administratif cantonal. De par la loi, un recours a un effet suspensif, et la décision attaquée ne peut alors être exécutée. Mais le juge administratif a refusé d'accorder l'effet suspensif à la requête de René Mouron.

Peu de chances d'aboutir

«Le recours avait peu de chances d'aboutir sur le fond, c'est pourquoi l'effet suspensif a été refusé», explique le pasteur Etienne Roulet, membre du Conseil synodal de l'EERV. Mais René Mouron est reparti à la charge hier en envoyant sous pli recommandé un nouveau recours contre la décision du juge administratif. Une action qui n'a que peu de chances d'aboutir. «Il est peu probable que le Tribunal administratif déjuge son président», explique Eric Golaz, chef du Service cantonal de justice, de l'intérieur et des cultes. Selon toute vraisemblance, la messe aura donc lieu samedi.

Mais pourquoi un tel acharnement? René Mauron: «Cette célébration représente une grave atteinte à nos valeurs morales et va entraîner un bouleversement de la conscience religieuse dans le canton de Vaud. Ce n'est pas de l'œcuménisme, mais un abus de pouvoir. Le Vatican veut mondialiser le catholicisme.»

Ces arguments font sourire les représentants de l'EERV. «Cette crainte n'est pas fondée, dit Etienne Roulet. Les catholiques n'ont rien demandé.» En effet, cette cérémonie a été rendue possible grâce à une proposition du député libéral Jacques-André Haury, qui suggérait publiquement dans la presse d'ouvrir l'édifice aux diverses Eglises chrétiennes. La commission d'utilisation de la cathédrale a demandé son avis au Synode, qui a rendu un préavis positif.

Evénement exceptionnel

De leur côté, les autorités catholiques soulignent que ce genre d'événement restera exceptionnel. De plus, «il existe depuis trente ans une convention d'utilisation des lieux de culte entre les deux confessions qui prévoit le cas de figure de samedi», précise Etienne Roulet.

«Nous n'avons reçu que quelques réactions négatives par rapport à la tenue de cette messe, souligne Henri Chabloz, président du Conseil synodal de l'EERV. Certaines personnes se sentent blessées dans leur identité, il est normal qu'elles réagissent. Mais cette initiative va dans le sens de l'œcuménisme. Ici, tout le monde a envie de porter ensemble un témoignage chrétien.»