Le cannabis est en passe d'être considéré comme un produit légal au sein de la société suisse. L'augmentation des personnes adeptes de ce stupéfiant tend à banaliser son usage, qui n'apparaît plus du tout comme une pratique marginale, puisque quelque 87 000 personnes en consomment quotidiennement, dont 49 000 jeunes âgés de 15 à 24 ans. Et seuls 15% de la population considèrent sa consommation comme un acte criminel. Tels sont les résultats d'une étude publiée jeudi par l'Institut suisse de prévention de l'alcoolisme et autres toxicomanies (ISPA). Réalisée auprès de 1600 personnes âgées de 15 à 74 ans, elle permet de disposer d'une image fiable de la consommation actuelle de cannabis en Suisse ainsi que de l'opinion de la population à l'égard d'un sujet traité dans le cadre de la révision de la loi sur les stupéfiants, actuellement en cours.

Plus d'un Suisse sur quatre (27%) affirme avoir fumé un joint au moins une fois dans sa vie. Le cannabis séduit surtout les jeunes. 44% des 15 à 19 ans et 59% des 20 à 24 ans ont goûté au moins une fois à ce produit. 6,5% de la première tranche d'âge et 5% de la seconde en consomment chaque jour, soit 49 000 jeunes, un chiffre qualifié d'«impressionnant» par l'ISPA. Est-ce l'esprit de révolte contre la société qui pousse les jeunes à fumer du haschich ou de la marijuana, comme le pense la majorité des personnes appartenant à la génération des plus de 45 ans? Pas vraiment, si l'on en croit la réponse des concernés, qui y voient surtout un remède contre le stress de la vie quotidienne.

Les hommes se montrent plus volontiers amateurs de joints que les femmes. Dans la tranche des 20 à 24 ans, sept hommes sur dix y ont goûté une fois dans leur vie, contre cinq femmes sur dix. Le niveau de formation apparaît également comme un critère déterminant dans la consommation de cannabis: les personnes au bénéfice d'études moyennes ou supérieures sont plus nombreuses à avoir fait l'expérience des paradis artificiels. Mais celles dont le niveau de formation est plus bas et qui expérimentent ce stupéfiant ont plus de probabilité de devenir des consommatrices régulières. Quant au trafic de haschich, il se fait essentiellement entre amis, bien qu'un tiers des consommateurs s'approvisionne dans les boutiques de chanvre en Suisse alémanique.

Une certaine tolérance entoure aujourd'hui les usagers de cannabis. Seuls 30% des personnes interrogées estiment que la police doit faire preuve d'intransigeance à leur égard. Une grande majorité de l'échantillon est cependant d'accord pour affirmer que l'interdiction du cannabis n'a aucun effet dissuasif. Les chiffres lui donnent raison: malgré la tentative romande de restreindre sa consommation par une plus grande répression, il y a autant de fumeurs en Suisse francophone que de l'autre côté de la Sarine. Le pourcentage des hommes de 15 à 74 ans qui ont fumé des joints est même plus élevé en Suisse romande (39%) qu'en Suisse alémanique (32%).

Brochure pédagogique

Au vu de ces résultats, l'ISPA soutient la décriminalisation du cannabis. Même si son usage n'est pas totalement inoffensif, les risques de cette substance pour la santé sont faibles. L'Institut met pourtant l'accent sur la prévention: en effet, une absorption quotidienne de ce stupéfiant est susceptible d'influencer négativement le développement psychosocial des adolescents, qui peuvent perdre la maîtrise de leur consommation. A cet effet, l'ISPA publie un guide pédagogique à l'attention du corps enseignant et un feuillet d'information pour les parents.