La vague de violence qui submerge le Brésil n'épargne pas les étrangers. Un Suisse qui s'était fixé à São Paulo il y a plusieurs dizaines d'années, Hans Hahm, est décédé dans des circonstances atroces. Pieds et mains attachés par des fils électriques, tête enfouie dans un sac en plastique, il gisait au milieu d'une mare de sang quand les policiers ont fait irruption chez lui, mardi. La porte d'entrée de sa villa était restée entrouverte, ce qui a fini par intriguer les voisins.

Agé de 63 ans, le Schaffhousois Hans Hahm coulait une retraite apparemment calme dans ce que les Brésiliens appellent un «condominio fechado». Une nuée de maisons éparpillées dans les champs, séparées du monde par des murailles refoulant normalement la violence. Pour entrer dans un tel havre de paix, il faut montrer patte blanche à des gardiens. Le «condominio» où vivait Hans Hahm se situe sur les rives d'un lac, Guarapiranga. Mais la région est considérée comme l'une des plus violentes de la périphérie de São Paulo, infestée de bandes de malfrats qui s'adonnent au narcotrafic et qui dépècent dans des fourrés des voitures volées. «Hans Hahm a été assassiné avec une extrême cruauté, s'est ému l'administrateur du condominio. Il a dû souffrir beaucoup.»

«Les circonstances de cet assassinat sont mystérieuses», relève un policier. Le meurtre ne serait pas lié au narcotrafic. Hans Hahm était un homme discret. Il avait l'habitude de vendre de la limonade et des boissons alcoolisées aux ouvriers qui achevaient la construction de maisons dans ce condominio en chantier où seules 150 maisons sur les 800 prévues avaient éclos.

Les 3000 Suisses vivant à São Paulo et immatriculés auprès du Consulat de Suisse doivent composer, comme les 16 millions d'habitants agglutinés dans cette mégalopole, avec une explosion de la criminalité. Au Brésil, où la vie ne vaut pas cher, on tue souvent pour des broutilles. En 1998, 5000 homicides ont ensanglanté cette mégaville où les autorités ont perdu le contrôle de la situation.