Le rayonnement gamma a été observé pour la première fois il y a cent ans. Il s'agit en fait de la découverte de la radioactivité. On la doit notamment à Marie Curie qui, en décembre 1898, annonce l'existence du radium et prononce pour la première fois le terme de radioactivité. En réalité, les travaux de la célèbre savante d'origine polonaise sont l'aboutissement d'une longue série d'expériences effectuées depuis 1895, année où le physicien allemand Wilhelm Röntgen aperçoit pour la première fois les rayons X, sans savoir d'où ils pouvaient bien provenir. La première conséquence a été de remanier l'image que l'on avait de l'atome à cette époque. On le pensait immuable et insécable, on le découvre instable et transformable. Par la suite, les applications de la physique nucléaire se sont multipliées et touchent des domaines aussi vastes que la médecine, la production d'énergie, la recherche fondamentale de la matière, la guerre, etc.

L'histoire commence donc en 1895 à l'université de Würzburg avec Wilhelm Conrad Röntgen. En travaillant sur des tubes cathodiques mis sous tension, il s'est aperçu, un peu par accident, que des rayons invisibles en étaient émis. Des plaques sensibles placées à proximité étaient impressionnées sans qu'il ne remarque rien de lumineux à part un peu de fluorescence sur la cathode. Ne sachant pas l'identité de cette lumière mystérieuse, il a baptisé le phénomène rayonnement X. Il s'aperçoit rapidement que ces rayons énigmatiques peuvent traverser la matière et en particulier le corps humain.

Très peu de temps après, lors d'une séance de l'Académie française des sciences en janvier 1896, le mathématicien Henri Poincaré et le physicien Henri Becquerel se piquent de curiosité devant ces résultats. Le second, spécialiste de la luminescence, décide d'aller plus en avant dans les recherches et de voir s'il y a un rapport entre fluorescence et les rayons X. Il étudie un sel d'uranium qu'il expose au soleil pour l'activer. Il remarque toutefois que le sel d'uranium émet spontanément un rayonnement pénétrant, même en l'absence d'excitation solaire. Un rayonnement capable d'électriser l'air (on dira plus tard ioniser) et dont l'intensité ne diminue pas durant les mois suivants. Henri Becquerel les appelle les rayons uraniques.

Fin 1897, l'intérêt pour les rayons uraniques retombe un peu. La communauté scientifique ne prend pas toute la mesure de la découverte. Au début de 1898, pourtant, un nouveau souffle est apporté par Marie Curie. Elle commence un travail de thèse sur ces fameux rayons et parvient à faire des mesures plus précises. Elle se rend compte, avec l'aide de son mari Pierre Curie d'abord, puis d'Henri Becquerel, que seuls certains éléments du sel d'uranium sont radioactifs. Ils arrivent en juillet 1898 à isoler un élément radioactif inconnu baptisé polonium, puis en décembre de la même année, le radium.

L'étude de la radioactivité peut enfin démarrer. Très vite, les chercheurs se rendent compte qu'il y a trois rayonnements différents. Le rayonnement alpha, qui est un noyau d'hélium éjecté lors de certaines désintégrations d'atomes instables; le rayonnement bêta, qui est un électron; et le rayonnement gamma, qui est un photon de très haute énergie.

A. Vs