Rarement un Suisse aura atteint de si hautes fonctions dans la communauté scientifique internationale. Le professeur Thomas Stocker, codirecteur de l'Institut de physique de l'Université de Berne, a été élu jeudi coprésident du groupe de travail numéro 1 du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), la principale instance chargée d'étudier le changement climatique. Il devient ainsi le coresponsable, avec le professeur chinois Qin Dahe, du prochain rapport d'évaluation du réchauffement, un document capital attendu pour 2013.

Le GIEC est célèbre depuis qu'il s'est vu attribuer, l'an dernier, le Prix Nobel de la paix en compagnie de l'ancien vice-président des Etats-Unis Al Gore. Créé en 1988 à la demande du G7, il est chargé de réunir les travaux de recherches sur le climat menés partout dans le monde et d'évaluer tous les cinq à six ans leurs conclusions dans une série de rapports consacrés à la réalité physique du réchauffement (groupe de travail numéro 1), à ses effets sur l'environnement et aux mesures à prendre pour le juguler ou en contenir les effets. Ce sont ces écrits qui ont convaincu les gouvernements et l'opinion de la réalité du phénomène, et suscité les principaux accords internationaux en la matière, dont la Convention cadre de l'ONU sur les changements climatiques et le Protocole de Kyoto.

Un voyage de 800000 ans

Né en 1959, titulaire d'un diplôme et d'une thèse de l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ), Thomas Stocker possède à son actif une brillante carrière de chercheur qui l'a conduit, après un long détour par l'étranger, à l'Institut de physique de l'Université de Berne, leader mondial de l'exploration du lointain passé climatique. On lui doit plusieurs avancées importantes. Avec ses équipes, il a notamment révélé la possibilité d'une modification soudaine des courants océaniques dans l'Atlantique sous l'effet du réchauffement et reconstitué le climat qu'il faisait il y a 800000ans à partir de carottages de glace réalisés au Groenland et en Antarctique.