La dépression, la toxicomanie, l'hôpital, l'assistance: Natacha * connaît. Sur les trois dernières années, elle n'a pas vécu plus de deux mois chez elle. Aujourd'hui, elle a retrouvé un appartement et une certaine autonomie. Dans un intérieur confortable et respirant la propreté, elle reçoit ses visiteurs fardée et vêtue avec soin. Pendant une heure, elle évoque avec beaucoup de recul et de sérénité sa situation.

»Pendant des années, ça a été l'autodestruction, les mutilations, l'alcool, l'insomnie. Trop de choses à assumer. A l'hôpital, j'ai fini aux soins intensifs, à cause d'un méchant mélange d'alcool et de médicaments.

»En entrant à l'hôpital, on vous dit toujours que c'est pour quelques semaines, en observation. En vérité, c'est pour trois mois minimum. La dernière fois, mon psychiatre était absent, j'étais mélangée à des patients très agressifs, des toxicomanes, des dealers. Les infirmières étaient toujours occupées ailleurs. Ma chambre était sordide. Je n'avais rien à faire, j'attendais toute la journée les repas. On refusait mon départ, à cause du danger pour ma vie. En fait, être enfermé stimule la transgression. On verse facilement dans l'interdit, l'alcool, la drogue. Des patients profitent des autres. Il y a des brimades, de la violence, des menaces de viol. Je savais que le temps ne changerait rien à mon état. Et que je ne me suiciderai pas. Mais j'ai dû me battre pour sortir. Je ne voyais pas l'utilité des soins à domicile. Mais c'était la condition pour pouvoir partir.

»Revenue chez moi, je refusais la visite des infirmiers. Je ne sortais plus. Je ne voulais pas qu'on me voie comme ça. Puis les relations se sont nouées et l'angoisse a diminué. Ils sont très disponibles, beaucoup plus que dans un hôpital. Il n'y a pas le téléphone qui sonne sans arrêt, les urgences, le travail administratif. On parle. Ils ne m'interrogent pas comme à l'hôpital. Des questions dont je connais toutes les ficelles, les réponses à faire pour être tranquille… On discute simplement, on parle de ce que je fais dans la semaine, de sujets qui m'intéressent, parfois de banalités.

»Quand je suis seule, je ne peux compter sur personne, ça me va mieux, question de caractère. Ma personnalité est mieux respectée. Récemment, j'étais mal, le médecin a pensé me faire retourner à l'hôpital. C'est vrai qu'il y a un côté protégé qui diminue l'angoisse. Mais plus on y reste, plus en sortir est difficile. On a refait le point avec l'infirmier, j'avais repris le dessus, j'ai pu rester ici. A l'hôpital, un tel «sur-mesure» est impossible.

Propos recueillis par X. d. S.

* Prénom fictif