Alors que la grippe porcine, qui aurait fait plus de 150 morts au Mexique, s’est étendue aux Etats-Unis, au Canada, au Costa Rica, en Grande-Bretagne et en Espagne, faisant craindre aux autorités sanitaires une pandémie d’ampleur mondiale, la presse mondiale était dominée mardi par ce seul sujet: le spectre d’une aggravation du mal.

Pour Le Monde, «il ne faut pas sous-estimer la situation. En 1918, les premiers cas d’une grippe nouvelle, détectés aux Etats-Unis, étaient eux aussi bénins. C’est en prenant son essor dans le monde que le virus est devenu plus virulent et a finalement causé entre 50 et 100 millions de morts. Une pandémie restée dans les mémoires comme la «grippe espagnole». Et de se demander si la solidarité jouera en cas d’expansion: «Sans doute. Les pouvoirs publics sont conscients que les moyens modernes de circulation compliquent la lutte contre le virus. Et que l’entraide internationale est un impératif. L’irruption de ce nouveau virus H1N1 est bel et bien un test pour les autorités sanitaires mondiales.»

Cela fait froid dans le dos, mais «les porcs sont connus pour être des incubateurs des virus de la grippe et ils peuvent être porteurs de plusieurs types de virus de différentes espèces», explique un article de l’ Independent, traduit par Courrier international et titré: «Et si l’histoire se répétait?» Les cochons sont donc «considérés comme essentiels pour l’évolution de nouveaux virus de la grippe capables de franchir la «barrière des espèces» et de passer de l’animal à l’homme, déclenchant ainsi une pandémie. En fait, ces virus différents qui infectent le même animal sont susceptibles de plus ou moins se reproduire. Autrement dit, ils échangent leurs gènes viraux et engendrent de nouvelles formes de grippe, qui peuvent se révéler potentiellement dévastatrices pour la population humaine.»

Mais beaucoup d’inconnues entourent encore cette menace, relativise Le Devoir, au Québec. «Les épidémiologistes de la planète prétendent que, jusqu’ici, rien n’indique que la nouvelle souche du virus grippal A ait été transmise directement à l’homme par les porcs. Et il n’existe encore aucun vaccin pour endiguer le virus de la grippe. Y a-t-il lieu de s’alarmer? Oui… et non, affirme l’épidémiologiste et professeur à la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal, Jean-Pierre Vaillancourt. «Il y a plus de rumeurs que de vraies connaissances à ce stade-ci», croit le chercheur qui a déjà vécu au Mexique.»

Le Financial Times, lui, insiste évidemment sur les effets de ces rumeurs sur les marchés boursiers et les risques qu’elles comportent de voir se tarir «le fragile espoir d’une reprise économique». Tandis que le columnist David Brooks élargit le propos dans le New York Times, avec une réflexion audacieuse sur le «global viral»: «En ces temps d’après Guerre froide, nous ne faisons pas face à une seule menace, bien déterminée. Nous en affrontons toute une série, décentralisées et transnationales: le djihad terroriste, une crise financière mondiale, le réchauffement climatique, la raréfaction des énergies, la prolifération nucléaire et, comme on vient de s’en souvenir aujourd’hui, une possible pandémie mondiale de grippe porcine.» Bonjour l’ambiance… Cette grippe «ne représente pas seulement une urgence sanitaire, conclut-il. C’est un test sur la manière dont nous allons organiser le XXIe siècle.»

Une Suissesse établie de longue date à Mexico – «une ville fantôme», dit-elle – livre au Matin ses craintes face au virus «mais aussi face à un gouvernement peu armé», car «au Mexique, on ne sait jamais s’ils sont prêts, si tout fonctionne, s’ils ont assez de stocks de médicaments, par exemple». Et de redouter le pire: «S’il y a un effet de panique, ça va vraiment être le bordel», dit Catherine.

Au Mexique, justement, La Crónica de hoyquotidien qui s’adresse à l’élite économique et sociale, sur le front depuis plusieurs jours – consacre un de ses derniers articles aux effets paralysants de l’épidémie sur les loisirs, relevant par exemple qu’«à cause des problèmes occasionnés par la grippe porcine affectant le pays, l’acteur Hugh Jackman a annulé la conférence de presse qu’il devait tenir à Mexico pour la promotion du film X-Men Origins: Wolverine ». Les autorités mexicaines ont d’ailleurs «adopté une série de mesures pour tenter d’empêcher la propagation de cette maladie, écrit La Jornada: les cinémas, les théâtres et les discothèques ont été fermés. Plus d’un millier de messes ont également été annulées. De telles dispositions n’avaient pas été prises au Mexique depuis les années 1920», rappelle le quotidien.

Enfin, dans cet océan de craintes, une seule chose au moins est sûre (et rassurante?): Barack Obama est revenu de son voyage au Mexique sans avoir contracté la fièvre porcine, bien qu’il eût approché un officiel décédé quelques jours après sa visite. On respire, il n’aurait manqué plus que ça.