San Francisco s’éveille (2/6)

Un tramway nommé désir

CHRONIQUE. Le Muni, réseau de transport public de San Francisco, est aussi indispensable qu'impraticable au quotidien

Le Temps propose une opération spéciale en racontant, depuis San Francisco, les innovations à venir dans les domaines scientifiques, technologiques ou culturels. Nos seize journalistes, vidéastes, photographes et dessinateur parcourent la ville, la Silicon Valley et la Californie pour découvrir les nouvelles tendances au cœur de ce laboratoire mondial de l’innovation.

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Le dossier: «Le Temps» depuis San Francisco

Il est 8h du matin. Le district de Sunset est couvert de son habituelle humide couche de brouillard et moi avec une dizaine d’autres personnes guettons à l’horizon l’apparition d’un tramway qui tarde à venir. Un tramway long et lent, qui prend son temps en bringuebalant dans les rues et avenues perpendiculaires avant de plonger sous terre et de se transformer en métro.

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L’horizon reste bouché par la grisaille qu’aucune lumière de phare ne perce. Nous sommes maintenant une quinzaine à poireauter, le brouillard commence à se dissiper et voilà que la silhouette d’un serpent métallique déjanté se profile quelques avenues plus bas. Il hésite longtemps entre les feux rouges et les lignes du stop avant d’arriver à notre hauteur. Quand on peut enfin s’y engouffrer… c’est pour en ressortir trois minutes plus tard. Une voix du haut-parleur annonce que quelque chose quelque part est bloqué et que le tramway ne continuera pas sa route pour le moment.

J’avais du temps. Je suis allée me prendre un café et l’ai bu lentement en attendant que le ballet de tramways reprenne. Les premiers étaient bondés à ne plus pouvoir respirer. J’ai pu monter dans le troisième et, quelques arrêts plus tard, il s’est rempli également au point que les portes ne se refermaient plus derrière ceux qui essayaient de monter. J’ai passé une trentaine de minutes coincée entre la porte, une fille en robe d’été défiant le froid matinal et un gros livre qu’un gars avec un bonnet en laine, immobilisé lui aussi, n’arrivait plus ni à lire ni à ranger. On a tous eu un soupir de soulagement quand le tramway s’est engagé dans le tunnel souterrain.

Mais la voix du haut-parleur s’est activée de nouveau en expliquant qu’il y avait trois véhicules devant nous et qu’il fallait attendre. Quelque chose était bloqué quelque part. Les gens n’ont pas bronché.

Une vingtaine de minutes plus tard, on a réussi à parcourir les trois arrêts jusqu’au centre-ville. Ce genre de problème n’arrive pas tous les jours mais assez souvent pour que les pendulaires partent bien à l’avance pour arriver à l’heure à un rendez-vous important. Avec le Muni, réseau de transport public franciscanais, «on ne sait jamais». Et on accepte tous ses caprices.

Le soir, en rentrant dans le métro, j’ai jeté un regard appréhensif sur le tableau des départs. Mon tramway était annoncé dans 5 minutes. Il s’en est écoulé une dizaine sans aucune lumière au bout du tunnel. Puis la voix du haut-parleur a expliqué que quelque chose était bloqué quelque part…

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