Affaires intérieures

Un tremblement de terre, un peuple, une armée

Le commandant de corps André Blattmann justifie l’utilité de l’armée par les risques de tremblement de terre. Pour ne pas en savoir plus, consulter le document «Visions et stratégie» sur le site web de l’armée

Une menace pèse sur la Suisse: l’armée ne sait plus comment dire à quoi elle sert. Elle a peur de parler de la guerre, du monde et de ses menaces, tant est sensible parmi nous le langage de la politique, corseté par les tabous de la neutralité. Elle a peur de coûter trop cher. Elle a peur des pacifistes, ses liquidateurs potentiels. Elle a peur des audits et autres évaluations qui terrorisent les organisations. Elle a peur de la presse qui publie les rapports d’audit. Prudente, elle ne dit donc rien. Mais que de mots et de phrases pour ne rien dire!

Elle a placé sur son site web un document de 2007 intitulé «Visions et stratégie». Merci Orwell. Elle informe qu’elle se trouve «dans une situation empreinte de discontinuité, de complexité et d’influences externes». Elle n’en contribue pas moins «de manière décisive à la sécurité et à la liberté en effectuant avec succès les prestations demandées. Dans sa vision, elle revendique les prestations qui lui sont dévolues, ce qui constitue la base de sa crédibilité.»

«La stratégie de l’armée permet au chef de l’Armée (CdA) de conduire l’armée d’une façon hiérarchiquement correcte de même qu’elle permet à ses subordonnés directs d’y aligner correctement leurs propres «stratégies partielles». Le commandement stratégique s’opère d’une part conformément aux directives fixées dans les domaines de mesures «Doctrine», «Entreprise», «Organisation», «Instruction», «Matériel» et «Personnel» (DEOIMP), et d’autre part conformément aux objectifs stratégiques, lesquels sont également ceux de la Balanced Score Card (BSC) de la Défense. La BSC permet non seulement d’assurer la conduite stratégique en sa qualité d’auxiliaire de décision du CdA, mais aussi de garantir la comparaison entre les prestations attendues et les prestations atteintes en qualité de système de repère. Elle permet donc d’illustrer de façon précise le fonctionnement du domaine départemental de la Défense en ce qui concerne la qualité et la conformité des prestations fixées, de même qu’en ce qui concerne les ressources nécessaires à la garantie de ces prestations.»

«L’analyse stratégique a permis de mettre en lumière la situation actuelle et les développements attendus dans les domaines «Unité organisationnelle (analyse interne)», «Menace», «Environnement» et «Benchmarking». Le positionnement qui en a résulté au moyen d’une analyse SWOT (Strengths, Weaknesses, Opportunities, Threats) a permis de déterminer de façon ciblée si le domaine départemental de la Défense dispose ou non des moyens dont elle a besoin.»

Jusque-là, les citoyens ordinaires n’ont pas vraiment l’impression que l’armée s’intéresse à leur participation. Une légère émotion survient au paragraphe indiquant que «la menace a été analysée du point de vue des dangers militaires et des autres menaces étatiques en mettant l’accent sur la Suisse et l’Europe. Les conflits symétriques et asymétriques ont été décrits, et leurs conséquences évaluées en termes de risques pour la Suisse.» Mais la description n’est pas sur le site.

En tout état de cause, le plus important pour l’armée est que «notre capacité de communiquer pourra être assortie d’un renforcement du lobbying civil par des titulaires de fonctions militaires. Nous pourrons ainsi minimiser le danger d’un démantèlement de l’obligation de servir, le danger d’une perte de la volonté de défense ainsi que le danger de nouvelles coupes dans le budget.»

Car, heureusement, restent les menaces «naturelles». Comme le dit le commandant de corps André Blattmann à deux journaux romands, «sans parler de guerre»: en cas de «tremblement de terre majeur en Suisse, on ne peut pas se passer de l’armée. Elle est seule à pouvoir assurer la logistique des transports, des communications et la protection de la zone sinistrée.»

Là, c’est facile à comprendre: un tremblement de terre, un peuple, une armée.

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