L'arrivée sur le marché européen du premier vaccin contre le papillomavirus humain (HPV), début 2007, est un événement dans le domaine de la prévention (LT du 10.06.06 et du 30.03.07). Le HPV est en effet responsable du cancer du col de l'utérus, de la vulve et du vagin, mais aussi de lésions précancéreuses et d'affections pouvant s'avérer extrêmement invalidantes, comme les verrues génitales. Plus de 70% des femmes sont infectées au moins une fois dans leur vie. La plupart guérissent spontanément mais, en Suisse, 340 femmes développent un cancer du col chaque année, 5000 ont des lésions précancéreuses nécessitant un traitement chirurgical, et 90 décèdent.

Protéger les femmes contre ce virus est donc primordial, et l'Office fédéral de la santé publique doit se prononcer en juin sur le remboursement de la vaccination par l'assurance maladie. Mais, le vaccin n'ayant qu'un effet préventif, il faut aussi arriver à traiter de façon adéquate celles qui ont été contaminées. Ces thèmes feront l'objet de trois journées de formation à l'intention des médecins les 26, 27 et 28 avril à Genève.

Explications des enjeux des traitements et de la prévention avec Anne-Thérèse Vlastos, médecin adjoint au département de gynécologie et d'obstétrique aux Hôpitaux universitaires de Genève et présidente du groupe de travail suisse concernant les maladies liées à l'HPV.

Le Temps: On associe le vaccin contre le HPV à la prévention

du cancer du col de l'utérus,

le second cancer le plus fréquent chez la femme en Europe.

Son utilité est-elle plus large?

Anne-Thérèse Vlastos: Beaucoup plus. Il n'y a «que» 340 cas par an de cancer de l'utérus en Suisse mais il y a des milliers de femmes qui sont opérées du col ou de la vulve pour des lésions précancéreuses. A moi toute seule, à Genève, je pratique environ 300 opérations de ce type par an. Cela donne une idée de la fréquence de ces interventions. Donc, l'important avec ce vaccin, c'est de prévenir le cancer bien sûr, mais aussi ces opérations qui peuvent être très traumatisantes.

– En quoi consiste l'opération?

– On recourt, selon les cas, à différentes techniques: le laser, l'électrocoagulation ou la chirurgie. Dans tous les cas, le chirurgien enlève un fragment plus ou moins long du col, cela s'appelle la conisation. Le résultat est un raccourcissement du col de l'utérus qui est la porte de sortie du bébé lors de l'accouchement. Cette intervention peut donc avoir des répercussions sur la vie reproductive de la patiente. Or à Genève, l'âge moyen de la conisation est de 30 ans pour les femmes qui n'ont pas eu d'enfants.

– Malgré leur fréquence, on parle peu de ces interventions?

– Oui, la population se focalise sur le cancer du sein, qui touche une femme sur dix. C'est un sujet sur lequel les femmes sont très au clair. Mais qui se demande comment est son col de l'utérus? On n'y pense pas. Heureusement, il y a les dépistages chez le gynécologue. Car si les lésions apparaissent en général deux à cinq ans après la contamination, il peut aussi arriver que ce soit des années plus tard, d'où l'importance des contrôles.

– Ces opérations sont souvent pratiquées en ambulatoire;

sont-elles bien supportées?

– Les patientes ont tendance à considérer ce qui ne nécessite pas d'hospitalisation comme bénin. Ce n'est pourtant pas toujours le cas. Et une intervention sur le col de l'utérus ou la vulve représente souvent un grand traumatisme. Les patientes peuvent développer une pathologie d'ordre sexuel. C'est très important que le médecin en soit conscient, qu'il soit à l'écoute de sa patiente. Certaines femmes ont par exemple de la peine à admettre qu'elles ont une maladie qui est sexuellement transmissible. Il faut le comprendre, leur expliquer que la plus grande partie de la population est touchée. Il faut vraiment un suivi très individualisé de ces patientes, tant au plan psychologique que somatique.

– Il y a aussi les lésions qui ne sont pas cancéreuses.

– Le HPV peut aussi induire des verrues génitales. C'est une pathologie bénigne, mais qui a des répercussions massives sur l'intimité des patientes. Après l'échec du traitement local avec des crèmes, on traite les verrues au laser mais il peut y avoir des récidives. Et la cicatrisation est longue et douloureuse. J'ai des jeunes femmes qui reviennent se faire laseriser quatre à cinq fois. On imagine l'impact de ces interventions sur leur vie amoureuse. Pourtant on n'en parle pas. La mise sur le marché du vaccin nous en donne l'occasion.