L’été sur les rails (4/4)

Un western sur rails francs-montagnards

Dans le Jura, des cow-boys prennent d’assaut le train à vapeur de La Traction à l’aide de leurs chevaux, pour le plus grand bonheur des enfants

A quoi bon prendre l’avion quand les trains suisses offrent de si spectaculaires options? Cet été, «Le Temps» vous propose des trajets méconnus ou oubliés des Romands pour pimenter votre été.

Episodes précédents:

L’entrée en gare du train à vapeur des Franches-Montagnes ne manque pas d’enthousiasmer petits et grands, qui se sont rendus à Saignelégier (JU) pour l’occasion. La locomotive noire est précédée d’un sifflement enjoué, sa cheminée perçant le nuage de vapeur. S’ensuit un cortège de wagons de couleurs et formes variées, véritable patchwork de designs des différentes époques et régions qui leur ont fait voir le jour. L’originalité des véhicules est à l’image de l’aventure qui attend les voyageurs.

Lire aussi: Escapades. Neuf mois dans le Jura

Dans une agréable odeur de vieux bois, les familles cherchent tant bien que mal leurs places numérotées. Une fois les passagers installés dans le wagon, la fumée se densifie aux fenêtres: c’est le départ, en direction de l’est.

Locomotives de l’ancien temps

La nonchalance du train, qui s’avance dans les campagnes ensoleillées du Jura à 30 km/h, permet d’observer à loisir les paysages verdoyants tout en profitant d’un vent rafraîchissant. La longue machine s’avance dans une forêt et, déjà, nous voilà dans le dépôt de Pré-Petitjean, où une courte pause nous permet de descendre. C’est ici que les différents véhicules de l’association La Traction, qui organise ce trajet, sont réparés et entretenus en vue de couler de vieux jours heureux dans les Franches-Montagnes.

Un bénévole explique aux curieux que la locomotive qui nous tracte a été construite en 1913, avant de circuler pendant sept décennies sur les chemins de fer de la région de Porto. Quant aux wagons qui la suivent, ils viennent d’Argovie, de l’Oberland bernois et de Soleure, adoptés et réhabilités par l’association.

Lire aussi: Les quarante qui font briller le Jura en Suisse et dans le monde

Les fumées blanches et noires crachées par la machine font le bonheur des plus jeunes. Mais que viendront faire les cavaliers? Quand arriveront-ils? Une fois de retour dans le train, le trajet est ponctué d’exclamations enfantines qui traduisent une légère appréhension: «J’ai vu un cow-boy!» crie une petite voix, alors que nous nous enfonçons, paradoxalement, dans la tranquillité des pelouses jurassiennes.

Pistolets à eau et prise d’otages

Un enthousiasme contagieux s’empare du wagon. Nous le voyons à travers la vitre: un cavalier au bandana rouge, chapeau à larges bords, pistolet à la main. Les trois autres malfrats le suivent en tirant des coups en l’air tandis que de nombreuses petites têtes curieuses se pressent vers les fenêtres. Les passagers les plus prévoyants ont apporté des pistolets à eau, qu’ils brandissent dans une tentative désespérée de protéger les voyageurs. La multiplication des coups de pétards force la machine à s’arrêter au milieu de la forêt. «On les a eus!»

Dans un silence curieux, les cow-boys descendent de leurs chevaux pour s’immiscer dans les wagons. «Ils vont emmener les passagers», murmure une petite fille brune à côté de moi. Les chevaux reprennent finalement leur course, chargés de bandits goguenards et de plusieurs voyageurs dont le train se prive pour continuer sa course. La suite du trajet laisse les enfants perplexes quant au sort qui sera réservé aux otages.

Tout est bien qui finit bien

Quelques kilomètres plus loin, le chef des cow-boys réapparaît à l’horizon pour se rapprocher du véhicule au galop. La locomotive suspend sa course au milieu de la brousse et les passagers sont invités à en sortir. S’ensuit une conversation entre le bandit et le conducteur du train, qui peine à négocier la rançon contre laquelle les voyageurs seront éventuellement libérés. Le truand s’échappe avec une bourse bien garnie et disparaît au loin; son absence laisse planer quelques minutes de suspense.

Enfin, la troupe revient: chevaux, cow-boys et otages, qui peuvent descendre des montures pour retrouver les leurs. Le moment est venu de retourner à bord du train à vapeur des Franches-Montagnes pour se laisser transporter au complet. Le voyage peut se terminer dans une ambiance enjouée, la locomotive tractant la bonne humeur jusqu’en gare de Saignelégier.

Publicité