Fun, voilà comment Pascal, yogi bernois, décrit les quelques heures qu'il vient de passer en compagnie d'une vingtaine de nouveaux adeptes de ce yoga vol plané. L'Acroyoga a fait ses premiers pas le week-end du 17 et 18 mai à Soluna, centre genevois de yoga. Jason Nemer, la trentaine, est, avec Jenny Sauier, le créateur de cette nouvelle technique. Basé à Bekerley, en Californie, il enchaîne les stages pendant deux mois. Son programme ressemble à celui d'une rock star: Amsterdam, Munich, Barcelone... Avec lui, un petit staff d'enseignants qui sillonne l'Europe pour faire connaître ce yoga ludique.

Ce samedi matin orageux, Jason Nemer commence par rassembler ses élèves en cercle. Avant de «voler», les adeptes d'Acroyoga suivent un échauffement classique: respiration, concentration, salutation au soleil. Les complications viennent ensuite, quand les figures, dites Asanas, se font à deux, à trois, voire à quatre. En gros, ce qui se fait traditionnellement tout seul sur un tapis est exécuté en équilibre avec un partenaire. Et notamment les postures inversées, soit celles qui mettent la tête en bas. Mélanie, qui n'avait plus pratiqué le yoga depuis quinze ans, dit s'être déverrouillée en jouant. Une façon de recommencer dans la légèreté?

Jason Nemer a d'abord été acrobate avant de suivre l'enseignement du maître Sri Dharma Mittra. Il y a quatre ans, il fusionne ses deux passions. «Le yoga permet de se connecter avec soi-même, l'acrobatie avec les autres. L'Acroyoga, c'est la confiance en soi et en ses partenaires. C'est à la fois un travail intérieur et une performance.» La méthode a fait ses preuves: le Californien estime qu'ils sont plusieurs milliers, en Europe et aux Etats-Unis, à la pratiquer. Via son propre guide, consigné dans un manuel avec DVD et déjà vendu à 5000 exemplaires, mais surtout par le biais des enseignants qu'il a formés (ils sont 70, dont 12 Européens).

Une petite entreprise, donc. C'est qu'il s'agit de se profiler dans le marché du yoga. En Angleterre, la seconde édition du «Yoga Show», immense exhibition automnale en plein cœur de Londres, a rassemblé des centaines d'aficionados autour des dernières tendances, accessoires et vêtements trendy, bien loin de l'image du yogi baba cool. Les tours operators qui proposent des «retraites yoga» se multiplient. Cet été, par exemple, on peut nager avec les dauphins en mer Rouge et suivre l'enseignement de maître Penda sur un bateau de luxe.

Et l'esprit yoga, dans tout ça? Sa popularité en Occident exprime l'aspiration au dépassement de soi, mais l'expose aussi à des risques de déformation croissants. Tara Michaël, dans son livre Yoga, met en garde: «N'importe qui, pourvu qu'il soit doué de souplesse physique, d'énergie et d'un peu de bagou, peut s'improviser en six mois «professeur de yoga», et le yoga de consommation courante auquel on aboutit n'est rien d'autre qu'une gymnastique de bonne santé.»

Sandra Piretti, qui donne depuis trois ans des cours de yoga d'inspiration Iyengar (voir encadré) à Genève, s'est passionnée pour les textes majeurs, comme le recueil des Yogas Sutras de Patanjali, écrit au Ve siècle après J.-C. Un condensé de la philosophie du yoga traditionnel de l'Inde. «C'est la bible du yogi, explique Sandra Piretti. Pour commencer, on apprend que le yoga est la cessation de la fragmentation mentale. Quelle que soit la pratique, on devrait tendre vers cela. Le côté physique du yoga permet de développer un corps solide et serein dans le but d'accéder à la tranquillité. Par exemple en position du lotus, pendant de longues heures de méditation.»

En cette fin de matinée de stage d'Acroyoga, Mélanie n'est pas dupe. «On travaille, on s'arrête, on s'amuse et on reprend, il n'y a pas la fluidité des cours que je prenais autrefois. Mais ça fait du bien.» Son professeur, Jason Nemer, ajoute: «La partie physique et acrobatique est pour moi le nectar du yoga.» Libre à chacun de laisser ou non son mental au vestiaire.