Erika Bertschinger Eicke, 71 ans, a bien de la chance. D'abord, elle a été Eve – oui, oui, l'Eve original du Paradis terrestre –, puis Marie-Madeleine. Deux millénaires plus tard, réincarnée en une modeste secrétaire de direction, cette Zurichoise ne le savait pas avant qu'une chute de cheval ne la plonge dans le coma. Le 4 août 1973, à son réveil, un ange se tenait à côté de son lit. Depuis, Erika est devenue Uriella, guérisseuse, grande prêtresse de la secte Fiat Lux qui lui rapporte beaucoup d'argent, «interprète de Dieu» jusqu'à la fin du monde qui est pour bientôt mais qui la verra s'envoler en soucoupe volante fonder Amora, le nouvel âge d'or.

Poursuivie en Allemagne, elle y a été condamnée à 22 mois de prison avec sursis pour fraude fiscale et importation illégale de médicaments. Cette fois, c'est en Argovie qu'une de ses anciennes adeptes la poursuit. Entrée dans la secte à la fin des années 80, la plaignante avait dû se séparer de ses biens terrestres dans l'attente de la fin du monde, laissant ainsi 625 000 francs dans les caisses de Fiat Lux. Astreinte à un régime draconien comme tous les membres (102 jours de jeûne par an, viande, alcool, nicotine et sexe interdits), elle s'est lassée des prédictions fantaisistes d'Uriella et son mari, Eberhard, dit Icordo, qui mêlent joyeusement christianisme, hindouisme, bouddhisme et science-fiction depuis leur maison-temple de la Forêt-Noire.

En 1997, l'adepte frustrée quitte la secte et réclame le remboursement de son «prêt». C'est cette affaire dont le jugement a débuté hier en Argovie en l'absence d'Uriella, représentée par son mari. Exceptionnellement, les débats ont dû avoir lieu dans la salle du parlement d'Appenzell Rhodes-Intérieures, pour cause d'affluence exceptionnelle. Le tribunal doit ainsi déterminer si la plaignante était capable de jugement ou si elle a été influencée par les menaces de maladie ou de mort en cas de non-paiement. Le jugement tombera mercredi.

D. Mog. avec les agences