Eva-Maria Pally, une Zurichoise de 36 ans, et son amie néo-zélandaise, Gill Colston, de douze ans son aînée, sont consternées par la décision du Tribunal fédéral. En dernier ressort, et au terme d'une course d'obstacles pour obtenir légalement un permis de séjour pour Gill, ce couple de femmes avait fait recours auprès de cette instance, avec un espoir non dissimulé.

«J'étais sûre que le Tribunal fédéral recevrait notre recours, explique Eva-Maria. En mai, lorsqu'il a examiné notre cas pour la première fois, trois juges contre deux se montraient favorables à notre recours. Mais, entre-temps, le président du Tribunal a changé d'avis et la balance a penché en notre défaveur. J'ai rencontré Gill en 1994, en Nouvelle-Zélande, où je suis restée trois mois. Je suis retournée en Suisse au début de l'année 1995. Gill est venue me rejoindre en été, puis elle est repartie. Après avoir terminé mon diplôme en acupressure, je l'ai rejointe en Nouvelle-Zélande en septembre 1995. J'ai pu obtenir un permis de travail dans ce pays. Mais je n'ai pas réussi à ouvrir une étude d'acupressure, une thérapeutique considérée comme exotique par les Néo-Zélandais.

» Ensuite, la santé de ma mère a décliné et je suis rentrée en Suisse. Durant deux ans, de 1998 à 1999, nous avons essayé toutes les possibilités légales pour que Gill puisse rester en Suisse, sans succès. Nous avons perdu beaucoup d'argent en frais d'avocat et en voyages incessants. Gill ne pouvait rester en Suisse plus de deux fois trois mois par année. Nous avons alors décidé de déposer un recours auprès du TF. Nous sommes retournées en Nouvelle-Zélande pour attendre la décision. Là, j'ai dû travailler à la chaîne pour gagner un peu d'argent.

» Nous sommes pourtant décidées à vivre en Suisse. J'ai envie de pouvoir exercer ma profession et Gill n'a pour le moment aucun diplôme. Pour moi, il est incompréhensible d'avoir à choisir entre mon amour pour Gill et ma patrie. Nous continuerons donc à lutter.»