Tablette à la main, les étudiants d’une classe de cinquième année déambulent dans les couloirs du Lycée-Collège des Creusets, à Sion. Ils montent deux étages, en redescendent un avant de remonter. Leur parcours semble aléatoire, il n’en est rien. Ils suivent des instructions précises, qui leur font découvrir l’exposition Objectif Terre. Mise sur pied par le Musée de la nature du Valais et la Haute Ecole pédagogique cantonale, elle «met en scène les fondements de notre relation à l’environnement», «vise à susciter auprès des jeunes une réflexion face à la multiplicité des enjeux environnementaux» et «cherche à développer leur capacité d’analyse systémique».

A l’intérieur du bâtiment, neuf postes développent autant de thématiques, au travers d’une courte vidéo et d’un petit quiz à réaliser. Kristina et Mathilde s’attardent sur le puzzle à reconstituer concernant la perte de la biodiversité. Elles le réussissent du premier coup. Non sans avoir jeté un coup d’œil aux indices que les élèves peuvent consulter.

«Un moyen ludique, clair et précis»

«C’est un moyen ludique, clair et précis, qui nous permet d’approfondir nos connaissances sur ces thématiques», souligne Kristina. Mathilde enchaîne: «Nous avons eu, au cours de notre cursus, de nombreuses présentations à ce sujet. Mais cette fois, nous ne sommes pas assis à suivre une conférence durant plusieurs heures.» Les deux jeunes femmes se regardent et rigolent. Pour elles, cette exposition leur permet d’ouvrir les yeux sur les problématiques liées à l’environnement. «On les connaît, mais on n’y pense pas tous les jours. Il faut faire attention», lance Kristina, avant de suivre les indications de la tablette. En route vers d’autres postes, qui rendront les deux jeunes femmes attentives au dérèglement climatique ou à la pollution liée aux activités humaines.

Pour cette visite, Nicolas Kramar, le directeur du musée valaisan de la nature, nous accompagne. Objectif Terre est inspirée de l’exposition qui avait pris place, en 2016, dans son établissement. Elle traitait, en première mondiale, du thème de l’anthropocène, une nouvelle ère géologique dans laquelle la Terre est entrée. Car, pour la première fois, les sociétés sont capables de transformer radicalement l’environnement. «Le cœur de l’exposition réside dans l’incohérence entre la réalité systémique du monde et notre pensée qui nous voit en dehors de ce même monde», détaille le géologue et didacticien de métier.

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Peut-on tout maîtriser?

Les élèves poursuivent la visite en dehors du bâtiment. Ils s’engouffrent par petits groupes dans deux containers disposés dans la cour. Le premier est plongé dans le noir. Il évoque la séparation entre nature et culture ou encore la Terre comme une machine, que l’on souhaite maîtriser. Tout au long de l’exposition, ce verbe, maîtriser, ne cesse de revenir. Les élèves sont amenés à réfléchir au fait que certaines personnes pensent qu’il est possible de contrôler le climat, la pollinisation, l’enneigement ou encore la biodiversité marine. Or, insiste Nicolas Kramar, «la maîtrise est incompatible avec la notion de système qui a des limites». Et la Terre est bien un système, avec ses limites.

Dans le second container, baigné de lumière et emmenant les élèves dans un labyrinthe de miroirs, un panneau, dont le message change en fonction de l’angle de vue, résume cette vision: «Penser que tout est maîtrisable par la technique moderne» devient «penser que tout est complexe avec une part d’incertitudes». D’autres tableaux, suivant le même procédé, accompagnent les étudiants jusqu’au terme de la visite. Le dernier message est clair: «Tous reliés, reliés à tous.»

Après le Valais, Vaud et d’autres cantons?

Une fois le parcours terminé, les élèves sont unanimes. L’exposition leur offre un rappel, voire un approfondissement de connaissances qu’ils avaient déjà. Guillaume, l’un d’eux, reconnaît tout de même avoir appris certaines choses, notamment concernant l’acidification des océans. Nicolas Kramar n’est pas surpris: «Les savoirs que nous présentons ne sont pas nouveaux. Ce qui est neuf, c’est le fait de les mettre en lien. Nous n’allons pas changer le monde avec cette exposition, mais nous essayons d’amener une perspective plus globale.»

Itinérante, l’exposition va parcourir le Valais pour aller à la rencontre de tous les élèves du secondaire II post-obligatoire et des écoles professionnelles. En tout, ils seront près de 10 000 apprentis et étudiants à la parcourir… Avant que ce ne soit le tour des jeunes d’autres cantons? Nicolas Kramar en rêve. Des contacts ont déjà été pris avec le canton de Vaud, notamment.

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