«Les organisateurs disent vouloir maintenir leur Pride. Mais au rabais: «sans chars ni provocation»… De quoi faut-il se gêner? Est-ce donc une Shame Pride? Oui, il y a parmi nous des trans! Oui, il y a des travs! Oui, il y a des efféminés! Oui, il y a des cuirs! Oui,la diversité existe! Personne ne nous interdira d'être ce que nous sommes. Sion va le découvrir… les organisateurs aussi.» Dans ses brèves en page d'ouverture, le site d'information et de rencontre swissgay.ch ne mâche pas ses mots suite au communiqué de presse signé par le comité d'organisation de la Gay Pride 2001. Ce communiqué, publié le 2 février, affirme le maintien de la Gay Pride le 7 juillet 2001 à Sion, suite à la décision des autorités sédunoises de demander aux organisateurs de choisir une autre ville pour leur manifestation (voir LT du 3.2.2001). Etant donné l'impossibilité légale d'interdire la Gay Pride, ces derniers ont confirmé Sion tout en signifiant qu'ils souhaitaient «faire changer l'image de la Pride». Ils ont ajouté: «Nous voulons être respectés tels que nous sommes, sans fards ni déguisements, tels que nos familles et nos proches nous connaissent.» Enfin, ils ont opté pour un seul char regroupant l'ensemble des associations homosexuelles et appelé à la sobriété des tenues.

Tout cela n'a pas plu à swissgay.ch, qui persiste à faire figurer ses critiques en une depuis plus d'une semaine déjà. Chez les organisateurs, certaines dissensions se font également sentir. Ainsi, Philippe Scandolera, en charge du sponsoring depuis 1997, a décidé de ne pas prendre part à la mise en place de la manifestation cette année. S'il invoque la fatigue accumulée lors des précédentes éditions, il reconnaît ne pas retrouver l'esprit qui l'a poussé à s'engager lors de la première Gay Pride à Genève: «Nous avons toujours essayé de faire une manifestation qui rassemble. Or, n'autoriser qu'un seul char interassociatif exclut les commerces gays et les personnes hors associations.»

Absent du comité depuis la Gay Pride bernoise en 2000 déjà, mais toujours actif dans la manifestation, Yves de Matteis, secrétaire romand de l'association nationale Pink Cross, apporte un bémol à la polémique: «Il est vrai que la position adoptée par le comité dans son communiqué de presse est un peu excessive. Il faut cependant rappeler que l'une des règles fixées lors de la création de la Gay Pride itinérante était de laisser le choix de la conduite des événements aux organisateurs régionaux, plus à même de connaître la sensibilité des villes d'accueil.» Ainsi, à Fribourg, les organisateurs avaient demandé que soient évités les déguisements de nonne ou de curé, alors que Berne, ville verte, avait réduit le nombre de chars à six. Devant la polémique, les organisateurs valaisans ont d'ailleurs tenté l'argument écologique, car Sion est une des villes de Suisse les plus polluées en été.

«Malgré les nombreuses activités prévues à Sion (débats, films, soirées, etc.), ce qui attire les gens, c'est bien l'aspect festif du défilé», rappelle Philippe Scandolera. Un argument que reconnaît Joël Lassaux, coordinateur de l'édition 1999 de la manifestation à Fribourg: «Malgré le début de polémique apparu dans le courrier des lecteurs de La Liberté quelques mois avant la Gay Pride, le succès fut énorme: 30 000 personnes ont assisté au défilé. Depuis, nombreux sont ceux qui demandent quand la Gay Pride repassera par Fribourg. Sans chars, ça n'aurait pas été le cas. Les gens ont pu voir qu'il n'y a eu aucune provocation, même si les déguisements étaient au rendez-vous.» De son côté, l'association genevoise 360°, éditrice du magazine du même nom, a décliné l'invitation qui lui était faite d'organiser une soirée à Sion via son pôle festif, 360 Fever. Par manque de moyens et pas par manque d'envie, explique-t-on. Le rigorisme des organisateurs valaisans serait pourtant à l'origine de ce manque d'entrain.

Quant aux organisateurs valaisans, ils défendent la spécificité de leur région où «les mentalités peinent à évoluer», comme ils l'indiquent dans leur communiqué de presse. «Nous pensons à l'après-Gay Pride, explique Marianne Bruchez, coordinatrice de l'édition 2001. Nous ne souhaitons pas que l'homophobie soit pire après qu'avant l'événement.» Un argument que les organisateurs avaient également étudié à Fribourg. Pour Joël Lassaux, «avancer des spécificités valaisannes en la matière est un mauvais argument. L'exemple fribourgeois montre que la Gay Pride apporte un mieux.»

Dans les reportages et micros-trottoirs consacrés à l'arrivée de la Gay Pride à Sion par la TSR et Canal 9, la télévision locale valaisanne, la population ne semble pas hostile au défilé: «Si nous avons notre carnaval, pourquoi les homosexuels n'auraient pas leur Gay Pride?» interrogeait justement un passant. Le responsable d'un char de carnaval a d'ailleurs spontanément contacté les organisateurs pour leur louer les services de son canon à confettis. Une absence de réticences que confirme notre correspondant en Valais. Seul l'establishment semble faire un problème de la tenue de la Gay Pride à Sion, la population n'ayant manifesté pour le moment que de l'indifférence.

Alors, paranoïa doublée d'autocensure de la part des organisateurs ou problème réel de sensibilité régionale? Certains avancent encore une autre piste: pour la première fois depuis sa création, le comité de la Gay Pride connaît une majorité de membres féminins et les femmes seraient plus enclines que les gays à donner une image «normale», moins débridée de l'homosexualité.