En juillet 1990, du jour au lendemain, les autorités de Hongkong ont limité à 0,5% la teneur en soufre des carburants utilisés dans les installations énergétiques et les véhicules. Cette mesure a donné à une équipe de chercheurs de l'Université de Hongkong l'occasion inespérée de mesurer directement l'impact des dioxydes de souffre (SO2) sur la santé humaine. La ville s'est transformée en un laboratoire vivant l'espace de dix ans.

Les scientifiques, qui publient leurs résultats dans la revue The Lancet du 23 novembre, ont d'abord pu mesurer que la concentration moyenne de SO2 dans l'air de la ville a diminué de 45% sur cinq ans, pour passer d'une moyenne de 40 microgrammes par mètre cube (µg/m3) à environ 20 µg/m3. Cette amélioration a eu des effets rapides sur la mortalité. Le nombre de décès durant la saison froide qui a suivi l'introduction des nouvelles directives était déjà inférieur à la moyenne. Sur cinq ans, la seule diminution des taux de SO2 a provoqué une baisse de 2,1% de la mortalité, de 3,9% pour les décès dus à des maladies respiratoires, de 2,0% pour les décès suite à des maladies cardio-vasculaires.

Les travaux chinois démontrent après coup l'utilité des efforts fructueux de la Suisse pour limiter les émissions de dioxyde de soufre. En plein centre de Genève, par exemple, la concentration moyenne de SO2 a passé de quelque 70 µg/m3 dans les années 1990 à 5 µg/m3 en 2001. Mais l'étude relativise aussi la valeur des seuils fixés par l'ordonnance sur la protection de l'air. La limite est en effet fixée à 30 µg/m3 de SO2 en moyenne annuelle, soit à mi-chemin entre la situation d'avant et d'après à Hongkong.