Quinze heures samedi après-midi, au départ de la Street Parade à Mythen-Quai. Les love-mobiles ne sont pas encore là. Les hélicoptères tournent dans le ciel, la foule s'épaissit. Des Drag-Queens aux sourcils ourlés paradent dans leurs grandes bottes, ravies de se faire prendre en photo avec des touristes. Quelques paires de fesses s'échappent de shorts en triangle, un homme revêtu de mille cannettes de Coca-Cola se balade alors qu'un autre a préféré le même costume en version CD. Il fait chaud, la température frôle les 30 degrés. Les rares places à l'ombre diminuent tandis que le soleil monte dans le ciel.

Ils arrivent, enfin! La lumière bleue du premier camion pointe à l'horizon. Longues de 30 mètres chacune, les 29 love-mobiles se déplacent comme des escargots. Pas une seule ne provient de Suisse romande, à la grande déception du nouveau président de la Street Parade, Michel Loris-Melikoff. «L'année prochaine, ma priorité sera de motiver les participants», avait-il déclaré quelques jours auparavant. Le convoi s'approche. Décoré d'une fausse Drag-Queen androïde, le premier camion est accueilli dans un concert de hurlements et de sifflements. Puis le deuxième passe. Les danseuses en maillot de bain se déhanchent. Les sons des haut-parleurs rentrent dans le ventre et la gorge. Passé le neuvième camion, version Disneyland avec Pinocchio en figure de proue, je saute dans le dixième. C'est celui de l'Echo and Delirium Club, décoré de mille tournesols (lire LT du 12 août).

Les fleurs ont piètre allure. Ecrasées par la chaleur, elles se sont desséchées depuis ce matin. Daniel, un des organisateurs de la love-mobile est «nerveux et très fatigué. Nous avons travaillé jusqu'à 4 heures du matin», dit-il. Et la journée s'annonce longue: après la Street Parade, ils ont aussi organisé une Party qui durera toute la nuit.

Un demi-mètre plus haut sur le pont, DJ Perez s'active aux platines. Tout l'équipement tient en équilibre sur une planche de bois, elle-même suspendue par des ficelles aux côtés du camion. Les hommes chargés de la sécurité l'entourent, empêchant la foule de trop s'y approcher.

Dix-sept heures trente. C'est le délire! La love-mobile arrive sur le quai Général-Guisan, les gens ressemblent à des grappes de raisin accrochées aux balcons des appartements. La foule est aspergée constamment d'eau avec d'énormes pistolets en plastique. Une douche bienvenue. Sous la bâche du camion, les 80 personnes qui se déhanchent sont venues de partout dans le monde. «Cela fait depuis un mois que je stresse!, raconte Patrizia Mariano, une Italienne avec de faux sourcils noirs et une perruque blanche. C'est la première fois que je suis sur une love-mobile et c'est le top! C'est difficile de trouver mieux après une telle expérience.» Probablement. Non seulement il fait frais à l'ombre de la bâche, mais il y a de la place et les haut-parleurs sont dirigés vers la foule. On n'ose penser aux milliers de personnes agglutinées tout autour.

Dix-huit heures, nous arrivons à Bürkiplatz, je descends. Le convoi continuera sa marche jusque vers 20 heures, pour faire le reste du parcours. Il aura fallu un peu plus de deux heures pour contourner la moitié du lac.