Une nouvelle maturité appréciée des élèves, qui leur offre un éventail plus large, mais qui ne manque pas d'inégalités selon les établissements (gymnases ou collèges) et les cantons. Tel est le premier trait brossé par une étude publiée mardi par la Conférence des directeurs de l'instruction publique.

Décidée par les autorités en 1995, la nouvelle maturité a été mise en œuvre par étapes. Elle a aboli les anciennes sections, scientifique, classique, etc. A la place, un système qui individualise davantage les programmes par le biais de branches fondamentales (obligatoires), spécifiques, puis complémentaires, soit 77 combinaisons au maximum. Celles-ci sont souvent ramenées à quelques grands profils, langues étrangères, droit et économie… Menée avec le Secrétariat d'Etat à l'éducation et la recherche, l'enquête analyse l'offre de branches dans les cantons, les choix des élèves et les changements pédagogiques. Elle repose sur un sondage auquel 21 000 élèves et 3500 enseignants ont répondu.

Les choix des élèves…

De manière générale, certaines disciplines classiques sont mises à mal, tandis que les sciences naturelles ainsi que l'économie et le droit s'en tirent bien. Les arts visuels et la musique se sont fait une place. Le premier fait saillant est l'effondrement du latin et du grec. En termes de présence dans les cursus par rapport à l'ancien régime, le latin passe de 22 à 8%, ce qui est spectaculaire pour une période aussi courte. Interrogés sur leurs préférences de manière générale – quel que soit le statut de la branche –, les jeunes placent l'anglais en première position, puis l'histoire, le sport, la langue maternelle, la biologie et la psychologie – surtout les filles –, la géographie… et le tandem latin-grec en queue de peloton. Le plurilinguisme helvétique ne semble pas souffrir à ce niveau: l'allemand touche 92% des Romands, le français 98% des Alémaniques, qui sont en revanche moins portés sur l'italien (10%) que leurs camarades romands (près de 18%). La bonne place de l'espagnol, à 12% en moyenne comme option spécifique, est générale. Dans les options spécifiques, des différences plus nettes apparaissent. L'économie et le droit, et dans une moindre mesure la musique, séduisent davantage les Alémaniques que les Romands, qui, de leur côté, sont plus amateurs de biologie et de chimie.

… et leurs limites

Cette logique de maturité à la carte est toutefois contredite par une réalité géopolitique. Certains cantons ont introduit la flexibilité «de manière à entraîner le moins possible de changements», note l'étude. L'exemple est donné par le groupe de branches philosophie, psychologie et pédagogie. Là où il est proposé, il connaît un fort succès. Responsable scientifique de l'étude, Erich Ramseier explique que, dans son canton de Berne, 15% des gymnasiens le choisissent. Or, ce bloc n'est proposé que par 10 cantons sur 26. Les grands cantons de Genève et de Zurich continuent à le snober. En outre, l'offre de branches est très variable d'un canton à l'autre, voire entre les établissements. Malgré sa bouderie des sciences humaines, Genève offre un éventail deux fois supérieur à Bâle-Ville ou Obwald. Et les petits établissements ont évidemment moins de possibilités que les plus vastes. En somme, les élèves sont pénalisés dans leurs choix selon l'endroit où ils étudient. Erich Ramseier veut nuancer: «Les petits gymnases peuvent proposer une offre complète, mais ils doivent alors fonctionner de manière restreinte. Le choix des options relève avant tout d'une décision politique des cantons.»

Mieux préparés, plus sélectionnés

Autre innovation, le travail de maturité, plébiscité par les élèves et bien vu par les enseignants – qui, de manière générale, saluent la réforme. Au final, trois quarts des jeunes s'estiment «bien» ou «plutôt bien» préparés à l'entrée dans une haute école, ce qui tombe bien, puisqu'ils sont 77% à vouloir y aller. Les universitaires déplorent pourtant souvent le manque de préparation des gymnasiens, ce qui incline Erich Ramseier à l'ironie: «Chaque niveau scolaire supérieur se plaint du précédent, c'est une constante.» Les camps seront peut-être départagés en 2007, où sera menée à bien une étude sur les connaissances des bacheliers.

Le système d'évaluation constitue l'un des points faibles. La double compensation – une note inférieure à la moyenne doit être remboursée par deux notes supérieures – reçoit toujours de vives critiques. La Commission fédérale de la maturité va d'ailleurs s'attaquer à cette question. Les taux d'échec, tout de même très bas, ont augmenté en Suisse alémanique, de 1,3% à 2,4%. Parmi les causes d'échec figurent avant tout les trois disciplines linguistiques ensemble, ainsi que les mathématiques.