San Francisco s’éveille (6/6)

Une mégalopole au charme provincial

CHRONIQUE. A San Francisco, les quartiers gardent le rythme, le charme et l’esprit de petits villages de province

Le Temps propose une opération spéciale en racontant, depuis San Francisco, les innovations à venir dans les domaines scientifiques, technologiques ou culturels. Nos seize journalistes, vidéastes, photographes et dessinateur parcourent la ville, la Silicon Valley et la Californie pour découvrir les nouvelles tendances au cœur de ce laboratoire mondial de l’innovation.

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Il y a eu cette épicerie, de taille modeste mais avec plus de produits qu’au marché du dimanche. Les étals de fruits et de légumes ressemblaient à des jardins suspendus, et, dans des passages exigus entre les fromages du monde entier et des rangées d’huiles exotiques, deux personnes n’arrivaient pas à se croiser. A la caisse, la patronne qui avait un mot amical pour chacun, a jeté un regard sceptique à ma barquette de fraises pourtant soigneusement choisie: «Certaines sont fichues, je vous la change.» En s’assurant qu’elle me voyait bien pour la première fois, elle a lancé en guise d’au revoir: «Bienvenue chez nous!»

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Il y a eu ce petit coffeehouse où les habitués dégustaient des cappuccinos et americanos devant leur ordinateur portable avant de se rendre au travail. Après mon deuxième passage, la souriante brunette qui prenait les commandes m’appelait par mon prénom et demandait avec un intérêt sincère: «How are you doing, today?»

Il y avait cette boulangerie, tellement appréciée que la queue se prolongeait parfois d'une dizaine de mètres dans la rue et les clients attendaient patiemment dans des odeurs de pain frais et d’oignons rôtis en échangeant sur leurs focaccias et scones favoris.

Alors qu’il s’agit d’une des villes les plus densément peuplées des Etats-Unis, les quartiers de San Francisco gardent le rythme, le charme et l’esprit de petits villages de province, avec chacun sa rue principale, ses marchés et ses cafés. Rien de sensationnel peut-être, si les habitants ne transposaient pas cet art de vivre en prenant leur temps à l’échelle de la mégalopole entière.

Ici, pas de hâte. La cool attitude est un mot d’ordre. Ici, on parle aux inconnus comme s’ils étaient de bons voisins.

Demandez la direction dans la rue et on vous accompagnera probablement jusqu’à votre destination en s’intéressant au passage à ce que vous faites dans la ville et dans la vie. Demandez les horaires d’un tramway et en prime on partagera avec vous les aléas de la météo et les nouvelles de la journée. Dans quelle autre grande ville du monde se permet-on de ralentir et de consacrer du temps à ceux qui nous entourent?

Un matin, emmitouflée dans du brouillard, une fille est rentrée dans le coffeehouse avec son chien ébouriffé, et quelques minutes plus tard, la moitié des cappuccinos, americanos et ordinateurs portables ont été abandonnés pour câliner l’animal et discuter avec son heureuse propriétaire. Tous ces gens se connaissaient-ils? Pas du tout. Mais à San Francisco, il n’est pas nécessaire de se connaître pour s’adresser une parole amicale.

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