Demain mardi 14 décembre, Jacques Chirac inaugurera le viaduc de Millau, considéré comme le plus haut pont du monde et situé dans le sud du Massif central. Dernier chaînon manquant sur le trajet de l'autoroute A75 reliant Clermont-Ferrand à la Méditerranée, il ouvrira à la circulation le 16 décembre.

Dessiné par l'architecte britannique Norman Foster et construit par le groupe français Eiffage, l'ouvrage est remarquable à plusieurs titres. Par sa taille, d'abord. Son tablier, suspendu à 270 mètres au-dessus du Tarn, est lui-même équilibré par sept pylônes d'acier auxquels sont amarrés les haubans. Vaisseau aérien, le viaduc atteint 343 mètres au sommet des pylônes. Par sa conception, ensuite, qui allie avec grâce béton et acier. Les sept piles qui soutiennent le tablier sont en béton. La plus grande, baptisée la P2, a pulvérisé tous les records, culminant à 245 mètres. Le tablier, lui, pèse 36 000 tonnes d'acier, pour une longueur de 2460 mètres. Sa mise en place fut spectaculaire. Il a été lancé de chaque côté du vide, ses deux parties avançant chaque semaine à la rencontre l'une de l'autre grâce à un système de vérins hydrauliques. La jonction, appelée le clavage, fut célébrée le 28 mai dernier.

Le groupe Eiffage, qui a obtenu la concession de l'ouvrage pendant les septante-cinq prochaines années, a construit à 6 km au nord la barrière de péage destinée à rentabiliser ses 394 millions d'euros d'investissement. Ce péage de 18 voies est coiffé d'un élégant auvent en forme d'aile vrillée, qui confère à l'ensemble une sensation de légèreté. Cet auvent est en Ceracem, matériau de haute performance fourni par la filiale française du groupe suisse Sika, actif au niveau mondial dans le domaine des produits chimiques appliqués aux métiers de la construction et de l'industrie. Le Ceracem est une céramique de ciment moulable à froid, dont la capacité de moulage permet une grande liberté formelle.

Le viaduc de Millau apportera un gain de temps appréciable aux usagers de l'A75 et, par ricochet, à ceux de l'A7. Sur la Méridienne (l'A75), les touristes éviteront grâce à lui la ville de Millau, sise en contrebas dans la vallée et théâtre chaque été de bouchons interminables. Avec pour conséquence un accès plus rapide aux plages du Languedoc-Roussillon ou à l'Espagne. Autre avantage, l'A75 est une autoroute gratuite, fait assez rare en France. Seul le passage du viaduc est payant: 4,90 euros et 6,50 euros en été pour les automobilistes, 24,30 euros pour les poids lourds. Les touristes qui se rendaient dans le sud de la France par l'Autoroute du soleil bénéficieront aussi de l'ouverture du viaduc. En effet, celui-ci va attirer sur l'A75 une partie des automobilistes en provenance de la région parisienne, du nord de la France ou de la Belgique, ce qui réduira le trafic sur l'A7.

Soucieux d'atteindre son objectif de 23 millions d'euros de chiffre d'affaires d'ici à deux ans, le concessionnaire Eiffage a tout prévu pour assurer la meilleure fluidité possible à la circulation. Des lames brise-vent transparentes montées sur 3 mètres de haut de chaque côté du pont protègent les automobilistes. Dix-huit caméras couplées à un système d'analyse d'image détectent toute situation anormale. Une station météo permet de connaître en permanence la température de la chaussée pour prévenir notamment les risques de verglas. Une équipe de patrouilleurs se tient prête à intervenir au moindre incident.

De leur côté, les Millavois s'efforcent de convaincre les touristes de descendre dans la vallée comme auparavant. Inquiets de ne plus en voir passer un seul, ils rappellent que leur ville de 22 000 habitants est proche de centres d'intérêt touristique, comme les gorges du Tarn, les caves de Roquefort, la cité des insectes Micropolis ou encore les sites fortifiés des Templiers et des Hospitaliers, sur le Larzac. L'Office du tourisme compte mettre en place un circuit de découverte du viaduc empruntant les pistes utilisées pour le chantier. Avis aux amateurs d'ouvrages d'art.