La presse britannique exulte. En pleine austérité économique, le Royaume-Uni se prépare désormais au prochain mariage du siècle, celui du futur King William.

Les images tournent en boucle sur toutes les télés du monde depuis que le mariage a été annoncé, et rares sont les quotidiens britanniques qui ne consacrent pas leur une à la nouvelle. Dans les infos people, c’est ce qu’on appelle une bombe. Des dizaines de milliers d’articles relatent donc (ah, vous ne le saviez pas?) que le fils aîné du prince Charles, deuxième dans l’ordre de succession au trône d’Angleterre après son père, se mariera avec son amie, Kate Middleton, l’année prochaine.

La presse la plus sérieuse au pays de Ses Majestés n’économise pas ses efforts. «Royal Wedding: souvenir edition», annonçait mercredi le Daily Telegraph: «Treize pages de nouvelles et d’images, plus des reportages et du commentaire». «A great day! We all love a good wedding! » Même si un de ses journalistes s’estime «déjà ennuyé» et même si «les Middleton ne font pas partie de la haute société», constate-t-il, voilà que la jeune femme se trouve propulsée au premier plan, déclenchant l’inévitable comparaison avec lady Diana, la princesse de Galles, «reine ambiguë des laissés-pour-compte» (selon l’expression du Journal de Genève et Gazette de Lausanne du 1er septembre 1997) dont la bague de fiançailles transmise à celle qui aurait pu être sa bru va sans doute se transformer en bien lourd fardeau… «Quoi qu’elle fasse maintenant, sa vie ne sera plus jamais la même», résume le site WalesOnline. Celle qui a «conquis le cœur» du prince est déjà une «reine des podiums», insiste The Scotsman.

William et Kate «ne vivront plus de la même façon». Ce sera la «Diana fever again», car elle a «sa grâce», prédit le Sun: «Avec la bague de maman, je t’épouse», titre le tabloïd. «Kate et William vont nous offrir une monarchie digne du XXIe siècle», s’enflamme-t-il. «Tous les yeux seront rivés sur elle, pour savoir si elle va marcher dans les pas» de sa belle-mère, commente Joe Little, le directeur de la revue spécialisée Majesty Magazine. Car ces deux-là, c’est «un pur concentré de Britishness», estime le blog «Café Mode» de L’Express: «Hier soir, j’aurais tout donné pour être à la place de ces deux Anglais en train de dévorer le London Evening Standard à Victoria Station. Comme eux, j’aurais probablement eu un air légèrement dubitatif à la lecture de l’annonce du mariage du prince William et de Kate Middleton, mais au moins, j’aurais pu apprécier l’événement à sa juste mesure, l’œil rivé sur les piles de tabloïds toutes fraîches.»

A voir les images publiées par The Independent dans une galerie de photographies glamour, on assiste au début d’un «tsunami médiatique» – susceptible de remonter le moral d’une nation assommée par la politique de rigueur économique. Un tsunami inauguré sur le site de la BBC, qui a bien évidemment retransmis la conférence de presse donnée par les tourtereaux. Comme des centaines de médias, notamment la chaîne de TV Sky News, dont le reportage ultradétaillé est repris par beaucoup d’autres sites, à l’instar de celui d’Isle of Wight Radio. Et les spéculations d’aller bon train sur le futur designer de la robe de mariée, rapportent les New York Daily News.

La presse britannique avait d’ailleurs fini par ne plus y croire, surnommant Kate Middleton «Waitie Katie» («Katie qui attend»). Car après huit ans de romance, il est toujours «question de classe sociale», rappelle le Guardian, pour expliquer un si long suspense, entretenu depuis 2001. Mais «elle n’a jamais cessé de croire au conte de fée», croit savoir le Daily Mirror, alors que le Daily Mail prévoit déjà un mariage «ultramoderne». Une fête avec moult produits dérivés, «mugs, tea towels» qui rapporteront des millions, analyse le Herald Scotland. Tout comme le Financial Times, qui y voit un puissant levier touristique, ce même si le Times de Londres se demande si ce ne sera pas plutôt un mariage austère, dans la foulée des économies demandées à la monarchie britannique.

Reste que l’événement est déjà promu comme celui de l’année 2011 à la télévision. Dans l’esprit du mariage de parents de William en 1981, où environ 750 millions de personnes avaient assisté à l’échange des vœux à la cathédrale Saint-Paul de Londres. A l’époque, le commentaire de deux journaux héritiers du Temps était titré: «L’Angleterre a perdu un empire mais elle n’a pas fini d’étonner.»