Tous les métiers du soin en cause

Bien que principalement visés, les médecins de sexe masculin ne sont pas les seuls en cause lorsqu'on parle d'abus sexuels commis par des professionnels de la santé sur leurs patients. Tous les métiers du soin sont concernés et 25% des abus seraient, selon les estimations internationales citées par Werner Tschan, commis par des femmes. Cette proportion est appelée à augmenter, ne serait-ce que parce que la proportion des femmes médecins est en hausse, note le spécialiste bâlois.

14 000 cas estimés par année

Un des projets de la FMH est de répertorier les cas. Pour le moment, aucune donnée chiffrée n'existe pour la Suisse, ce qui oblige aux estimations sur la base d'études étrangères. La plus fiable est canadienne et selon elle, 1% de la population déclare avoir eu un contact sexuel avec un professionnel de la santé durant les cinq dernières années. Transposé à la Suisse, ce chiffre donne 14 000 cas par année. «Les gens me disent: ce n'est pas possible, commente Werner Tschan. Mais quand on travaille avec les victimes, on réalise que c'est possible.» L'hypothèse est aussi que, dans ce domaine, les victimes qui se taisent sont plus nombreuses que dans les autres abus sexuels: «L'inégalité de statut et de crédibilité est énorme entre patient et médecin, explique Rosangela Gramoni de Viol Secours à Genève et codirectrice de la publication Voir et Agir sur la violence envers les femmes. La plus grande crainte des victimes est de ne pas être crues.» Dans la majorité des cas, cette association d'aide aux victimes, comme les autres, déconseille la voie de la plainte pénale: «La procédure est souvent trop lourde pour des personnes déjà fragilisées, et le résultat trop aléatoire», explique Rosangela Gramoni. Le cas du psychothérapeute acquitté à Liesthal l'année dernière (lire ci-dessus) illustre cette préoccupation: «La patiente gagnerait sûrement si elle recourait devant le Tribunal Fédéral car le jugement cantonal contredit sa jurisprudence, note Werner Tschan. Mais après ce désaveu judiciaire, elle n'a plus la force de se battre, elle a fait une dépression nerveuse.»

Psychothérapeutes surreprésentés

Les psychiatres et les psychologues sont surreprésentés parmi les abuseurs, suivis, à égalité, par les gynécologues, les oto-rhino-laryngologistes et les généralistes. La plupart ne sont pas de grands pervers caractérisés, «tout le monde peut être amené à déraper», note le Bâlois. Selon les cas, le praticien mis en cause accuse la patiente d'affabulation, ou, comme le masseur genevois, nie le caractère intentionnellement sexuel de ses gestes. Ou encore, notamment s'il est psychothérapeute, plaide la relation amoureuse entre deux adultes consentants. Point commun à ces situations: l'abuseur commence par tester les limites de sa victime. Les personnes sûres d'elles, qui disent non tout de suite, ne sont plus inquiétées. Les victimes se recrutent parmi les plus fragiles. C'est ainsi que «toutes les patientes abusées que je soigne, sans exception, ont commencé par me dire: c'est de ma faute», raconte Werner Tschan.